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Blog géopolitique de D. Giacobi

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire » (2)

Suite de l'article :

http://www.hgsavinagiac.com/2014/11/commemorations-de-la-1ere-guerre-2014-des-phares-de-la-memoire-a-l-anneau-de-la-memoire-1.html

2 - Sur les deux sites de Douaumont et Notre Dame de Lorette sont édifiés des « phares de la Mémoire » :

Les deux monuments de Verdun et de Notre Dame de Lorette ont en commun la présence de deux tours, deux phares émettant la nuit un faisceau de lumière, deux monuments qui interpellent par leur verticalité.

 

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)
Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

§ A Douaumont, la tour, haute de 46 mètres, permet à sa cime une vue panoramique sur les divers lieux d’affrontement de la Bataille de Verdun. Le bourdon de la Victoire en bronze (2300 Kg) manœuvré électriquement, offert par une généreuse Américaine. tinte trois fois par jour et sonne lors des cérémonies importantes. Le phare, surnommé « la lanterne des morts »,  avec  4 feux tournants blancs et rouges d'une portée de 40 Km, éclaire tout le champ de bataille jusqu'à l'horizon. A son pied, le bâtiment de l'ossuaire, lorsqu’on y pénètre, on peut lire en lettres immenses « Silence ! », rappel au respect adressé à chaque visiteur.

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

 « Sa ligne droite voulue par les Architectes, couronnant le grand Cimetière national de plus de 20 000 tombes de Héros identifiés, symbolise la Digue que les héroïques Défenseurs de Verdun ont opposée avec leurs poitrines à l'avance de l'ennemi. » dit une carte postale imprimée pour lever les fonds nécessaires à la construction. « La nuit est d’encre. Le phare des morts, au-dessus de nous, balaie, de sa clarté crue, l’immense champ de croix de bois. Ils sont là, ceux qui combattirent les uns contre les autres, les uns défendant leur sol, les autres allant au combat pour satisfaire l’orgueil de leurs maîtres » (article paru le 24 septembre 1932 dans la revue hebdomadaire « La voix du combattant », éditée par l’Union Nationale des Combattants.)

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

§ A la nécropole de Notre Dame de Lorette, la tour-lanterne comme la chapelle sont l'œuvre  de l'architecte lillois Louis-Marie Cordonnier. La construction débuta en 1923 et une première bénédiction eut lieu à la fin du gros-œuvre en mai 1927. Le maître-autel fut consacré le 7 octobre 1931 et la chapelle par Monseigneur Dutoit le 5 septembre 1937.

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

La tour-lanterne de 52 mètres de haut, sa base forme un carré de 12 mètres de côté est percée de fenêtres non pour faire entrer la lumière dans l’édifice comme dans des églises romanes ou gothiques, mais pour la diffuser à l'extérieur. Pour cela on trouve au sommet un projecteur ou lanterne qui tourne à raison de cinq tours par minute, éclairant les alentours et visible dans un rayon de 70 kilomètres, comme un phare côtier. Elle rappelle le souvenir de milliers de combattants enterrés dans la nécropole et en particulier ceux dont les restes non identifiés ont été déposés dans les ossuaires, le plus grand étant sous la tour. Comme à Douaumont le témoignage diffusé par la tour s’enracine comme un arbre dans l’humus de ces milliers de combattants anonymes.

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

La première pierre fut posée par le maréchal Pétain, le 19 juin 1921 et le dimanche 21 mai 1922, l'ossuaire de la tour qui recueille des ossements ramassés sur la colline de Notre Dame de Lorette elle-même, reçut la bénédiction de Monseigneur Ceretti, nonce apostolique, en présence du maréchal Foch et d'une foule immense de 30 000 personnes (journal La Croix du 23 mai 1922). La tour-lanterne a été inaugurée le 2 août 1925 par le Président du Conseil Paul Painlevé en présence de dizaines de milliers de personnes. Elle fut bénie le 26 mai 1927 par Mgr Julien, évêque d'Arras ; décédé en 1930, il fut selon son propre vœu, inhumé dans cette chapelle.

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

Doigts pointés vers le Ciel pour rappeler la folie des hommes, ils veulent en même temps être des constants rappels à la vigilance, le sacrifice de tant de milliers d’hommes ne doit pas être vaine ; comme cette lumière qui déchire la nuit, s’élève des ossuaires de Douaumont et de Notre Dame de Lorette l’appel de tout un peuple d’ombres : plus jamais la guerre ! 

  C’est aussi le cri des poilus pacifistes :

http://www.hgsavinagiac.com/article-des-poilus-pacifistes-40760066.html

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)
Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)
Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

En 1921, la Chambre bleu horizon, plus soucieuse d’activité économique que de patrie, reporta au dimanche 13 novembre la commémoration de l'armistice. Le  tollé fut général chez les anciens combattants qui boycottèrent les manifestations officielles et imposèrent la loi du 24 octobre 1922 décrétant le 11 Novembre fête nationale.

A l’époque les commentaires sont explicites : les combattants ont imposé la transformation de leur fête en fête nationale. Et ils la considèrent doublement comme leur fête :  d'abord parce que ce sont eux qui ont gagné la guerre et non les autorités publiques, et ‚ ensuite parce qu'ils en sont sortis vivants.

C'est ce que proclament les Mutilés des Hautes-Pyrénées, dans une affiche réalisée pour le 11 novembre 1921 : « NOTRE FÊTE, celle de l'armistice, est bien le 11 novembre ! Notre dignité nous impose de rendre hommage à nos chers morts au jour anniversaire où l'infâme tuerie cessa ! »  L'année suivante, dans une autre affiche, ils déclarent encore : « S'il est vrai que ce matin du 11 novembre 1918 fut notre seul jour de bonheur… On a gagné et on est vivant : quelle délivrance... mais à quel prix ! »

L’armée n'est pas honorée, elle n'est pas même reconnue. S'il fallait une confirmation de cette unanimité, on la trouverait dans un article du directeur du Journal des mutilés, le plus important organe de la « presse combattante », le seul vendu dans les kiosques :     « Ce qui importe enfin, c'est que la fête du 11 novembre soit dépourvue de tout apparat militaire. Ni prise d'armes, ni revue, ni défilé de troupes. C'est la fête de la paix que nous célébrons. Ce n'est pas la fête de la guerre. » (14 octobre 1922).

Ossuaire de la Tour-Lanterne de Notre Dame de Lorette

Ossuaire de la Tour-Lanterne de Notre Dame de Lorette

La volonté d’échapper aux systèmes, de briser tous les cycles infernaux, de tourner une page, est manifeste. C’est la forte expression d’une espérance nouvelle.

Au fronton extérieur de la chapelle de Notre Dame de Lorette, au dessus de l'entrée, figure la dédicace suivante à la Vierge Marie : 

 "O Toi qui du sein des douleurs enfantas la Sainte Espérance

A Toi ce temple né des pleurs offerts par les femmes de France"

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

2 – 2014 : Un siècle plus tard : « l’Anneau de la Mémoire » de Notre Dame de Lorette

 

Ce qui interpelle dans la réalisation? c’est l’horizontalité de l’œuvre, comme si l’homme était devenu incapable d’accéder à la transcendance, comme englué dans la boue des tranchées, comme si dans un anneau, un cycle interminable la guerre nourrissait la guerre, sans espoir de le briser un jour.

Pourtant le monument est dédié à la paix mais sa structure architecturale semble aller à l’encontre de l’idée que la réalisation de cette paix est possible… cycle infernal des guerres interminables du 21ème siècle, effrayante litanie qui sans cesse résonne, amplifiée par les porte-voix des moyens de communications modernes.    

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

Il est inauguré le 11 novembre 1914 par le président François Hollande pour le centenaire du début de la Grande Guerre. Les noms de 579 606 soldats de toutes les nationalités morts en Flandre française et en Artois sont inscrits sur 500 plaques d'acier de trois mètres de haut qui entendent évoquer les millions d'obus tirés lors du conflit.

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)
Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

Le mémorial, dessiné par l'architecte Philippe Prost est un anneau de 345 m de périmètre, sur lequel sont inscrits les noms des soldats par ordre alphabétique, sans aucune distinction de nationalité, de grade ou de religion. L’Anneau entend faire mémoire non pas des vainqueurs de la guerre, mais de la souffrance commune à tous les poilus.

 La liste des noms a été dressée à partir des données fournies par chaque nation a fourni une liste de noms (241.214 noms par la Commonwealth War Graves Commission britannique,  173.876 noms par le Volksbund Deutsche Kriegsgraberfursorge allemand, 106.012 troupes françaises et coloniales (Algériens, Sénégalais, Indochinois...) et parmi les hommes de la Légion étrangère 59 Suisses, des Chiliens et des Argentins. En outre on compte 2.326 Belges, 2.266 Portugais, 1.037 Russes, et  six Américains.

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

L’anneau est érigé sur la colline, au sud-est de la nécropole, sur un terrain de 2,2 ha cédé à la région Nord-Pas-de-Calais par le Ministère de la Défense français à proximité de la Nécropole nationale de Notre Dame de Lorette.

Une partie de l’anneau est au dessus de vide,  symbole d’une paix rétablie en Europe mais encore fragile.

Anneau de la memoire  © Eric Turpin - Radio France

Anneau de la memoire © Eric Turpin - Radio France

"La violence de la mort de masse qui a frappé notre territoire exigeait un monument durable",

a déclaré à l’AFP l’historien Yves Le Maner, qui a conçu le projet.

 

Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)Commémorations de la 1ère Guerre : 2014 : des « phares de la mémoire » à « l’Anneau de la Mémoire »  (2)

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