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Blog géopolitique de D. Giacobi

Face à la barbarie, la force de la vie

Alors que la barbarie retrouve des couleurs un peu partout dans le monde, les témoignages venus de l'enfer des camps nazis, véritables « mémoires d’outre-tombes » ont une brûlante actualité :

http://www.hgsavinagiac.com/2015/05/8-mai-1945-il-y-a-70-ans-la-seconde-guerre-mondiale-s-achevait.html?utm_source=flux&utm_medium=flux-rss&utm_campaign=politics

Face à la barbarie, la force de la vie

Née en 1933, Francine Christophe a été déportée avec sa mère au camp de concentration de Bergen-Belsen en 1944. Libérée l'année suivante, elle n'a eu de cesse depuis de partager son expérience et ses souvenirs, notamment auprès des générations suivantes. .

Le témoignage de Francine Christophe

A rapprocher de la mort du Père Maximilien Kolbe à Auschwitz :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_Kolbe

 

Face à la barbarie, la force de la vie

Le 14 août, nous commémorons Saint Maximilien-Marie Kolbe.

Le récit de sa mort par Maria Winowska : Le secret de Maximillien Kolbe, Éditions Saint-Paul, Paris 1972.

Et http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/08/13/2011-61-du-soixante-dixieme-anniversaire-du-martyre-de-saint-maximilien-marie-kolbe/

Nous sommes à Auschwitz, à la fin du mois de juillet 1941.

Dans le bloc 14, celui du Père Maximilien-Marie, un homme manque à l’appel : il s’est évadé. Les prisonniers se rappellent avec effroi de la menace du chef de camp : pour un évadé, vingt hommes de son bloc seront condamnés à mourir de faim. La peur les tenaille tous cruellement, eux qui, dans les tortures les plus raffinées auxquelles ils sont soumis chaque jour, ont pu désirer la mort comme une délivrance… La mort, oui, mais pas cette mort-là : agoniser pendant des jours, au compte-gouttes ; la faim et la soif qui vous dessèchent les entrailles, vous remplissent les veines de feu et vous conduisent à la folie…

Tous savent quels hurlements terrifiants retentissent du côté du « bloc de la mort ». Les geôliers eux-mêmes ne cachent pas qu’ils en sont terrorisés. Le lendemain, après l’appel, les prisonniers du bloc 14 doivent rester debout, au garde à vous, en plein soleil. De toute la journée, on ne leur donne rien. Des SS les surveillent et « maintiennent » l’ordre à coups de crosse. Lorsqu’un prisonnier tombe d’épuisement et que les coups ne le ramènent pas de son évanouissement, on le traîne hors des rangs : les corps sont entassés… Les visages de ceux qui tiennent sont tuméfiés par la chaleur. Le Père Maximilien-Marie, ce malade vingt fois condamné par les médecins, ne tombe pas, reste lucide…

En son for intérieur, il est étrangement paisible : résolu comme jamais, il sait que la mort qui lui a été prophétisée et à laquelle il a librement consenti lorsqu’il avait dix ans, vient à lui dans le silence. Elle est toute proche. Elle est là.

Au soir, le chef de camp revient : « L’évadé n’a pas été retrouvé. Dix d’entre vous mourront à sa place dans le bunker de la faim. La prochaine fois, il y en aura vingt… Toi… Toi… Et encore toi… » En savourant la terreur qu’il inspire, l’officier prend son temps pour parcourir les rangs et désigner ceux qu’il envoie à la mort.

- Ooooh… ma pauvre femme… mes enfants! sanglote l’un des désignés.

Et c’est là que, à la stupéfaction de tous – prisonniers et bourreaux -, le Père Maximilien-Marie s’avance.

- Que me veut ce cochon de polonais? hurle le Lagerführer.

- Je voudrais mourir à la place d’un de ces condamnés.

Le SS est abasourdi. Il cherche à comprendre.

- Et pourquoi?

- Je suis vieux ; je ne suis plus bon à rien

- Pour qui veux tu mourir?

- Celui-ci : il a une femme et des enfants.

- Qui es-tu?

- Prêtre catholique.

La grâce passe malgré lui dans la tête du SS qui ne comprend rien, qui est dépassé et qui cède à la volonté de ce prêtre, lui qui ne revient jamais sur les ordres qu’il a donné : « Soit! va avec eux… »

Les prisonniers sont emmenés. Ils doivent se mettre totalement nus et on referme sur eux la porte. Dans le bloc de la mort, enfer en miniature qui ne retentissait jusqu’alors que des hurlements de désespoir, des voix s’élèvent : ces hommes épuisés, ces condamnés à mort chantent et prient… Depuis la cellule où sont enfermés le Père Kolbe et ses neuf compagnons, la prière se répand : de cellule en cellule les prières et les chants gagnent tout le bloc de la mort.
Les gardiens sont médusés : jamais le terme de « chapelle ardente » n’a été si adapté pour désigner un lieu de mort!

Chaque jour, les voix se font plus faibles, moins nombreuses… mais pas moins ferventes.

Chaque jour des prisonniers sont commis pour enlever les cadavres. L’un d’eux témoignera : le Père Maximilien était toujours debout ou à genoux, priant à haute voix, alors même que tous les autres gisaient comme des loques.

Les SS qui président à l’enlèvement des cadavres ne supportent pas le regard que le Père pose sur eux : « Détourne les yeux! Ne nous regarde pas ainsi! »

Les jours passent. Le 14 août, il n’y a plus que 4 survivants, mais seul Père Maximilien-Marie est conscient : le bon pasteur arrive au terme de la mission que lui a confiée la Vierge Immaculée.
Il a accompagné tout son petit troupeau jusqu’à la porte de l’éternité, jusqu’à l’entrée dans le Cœur de Jésus. Il est assis, sans force, appuyé au mur.

A ceux qui viennent l’achever par une piqûre de phénol, il tend lui-même son bras décharné. Un peu plus tard on vient chercher son corps qui sera brûlé le lendemain, 15 août.
Le détenu chargé d’enlever les corps témoignera : les autres cadavres étaient sales, avaient les traits ravagés… Mais lui, on eût dit qu’il répandait de la lumière : ses yeux grands ouverts donnaient l’impression d’une extase.

« A celui qu’il aime, Dieu envoie la croix pour qu’il ait la possibilité de rendre à Dieu l’amour qu’il a eu pour nous… » avait écrit le Père Maximilien-Marie en 1938.

 

Lui qui aimait tant le vieux cantique français « J’irai la voir un jour » s’en est allé, comme le dit le dernier couplet : « loin de la terre sur le Cœur de sa Mère reposer sans retour », et cela au moment où l’Eglise dans sa liturgie commençait à célébrer la fête du 15 août, le grand triomphe de Marie sur la mort et sur le mal.

Face à la barbarie, la force de la vie

Ayant survécu à la captivité, Franciszek Gajowniczek assistera à la canonisation de son sauveteur par le pape Jean-Paul II en 1982.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Franciszek_Gajowniczek

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