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Blog géopolitique de D. Giacobi

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

A - 2011 : Le tournant du procès du garde ukrainien John (Ivan) Demjanjuk

Extradé en mai 2009 des EU où il vivait depuis 1951 (il avait obtenu la nationalité américaine dont il a été ensuite déchu), John Demjanjuk, a été jugé à Munich et condamné le 12 mai 2011 à 5 ans de prison pour complicité, en tant que garde du camp de Sobibor en 1943 en Pologne, dans l'extermination de 27 900 Juifs.

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

A charge contre lui, ses documents d’identité attestant de son activité dans le camp, sans qu’on puisse l’inculper d’un meurtre en particulier. Il fut aussi gardien à Maidanek mais le doute subsiste sur le fait qu’il ait été celui que les déportés de Treblinka avaient appelé « Ivan le terrible », bien que 18 anciens déportés l’aient formellement reconnu, les dossiers du KGB identifient « Ivan le terrible » avec Ivan Marchenko.

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

John Demjanjuk avait fait appel du jugement devant la Cour fédérale, mais ce procès en appel n'a pas eu lieu du fait de son décès le 17 mars 2012. Ainsi d'un strict point de vue juridique, Demjanjuk reste donc formellement présumé innocent.

Le procureur général, Kurt Schrimm, considère que ceux qui surveillaient les camps d’extermination sont coupables au même titre que ceux qui actionnaient les chambres à gaz, c’est ce principe que le tribunal de Munich a suivi, c’est un tournant. Mais en l'absence de procès en appel, cette évolution de la jurisprudence allemande admettant qu'il n’est plus nécessaire de prouver une participation active aux faits reprochés ne fut définitivement confirmée que lors du procès d’Oskar Gröning en 2015.

 

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

B/ La condamnation de Demjanjuk a relancé la traque des anciens nazis

La justice allemande est restée indulgente avec les seconds rôles du nazisme jusqu’en 2011 avec 6 656 condamnations depuis 1945. Dans 90% des cas, les peines étaient inférieures à cinq ans de prison. « Si la justice avait dès le début appliqué les critères qui ont permis la condamnation de Demjanjuk, on aurait eu des dizaines de comparutions», selon l’universitaire Cornelius Nestler. Une cinquantaine de procédures contre des gardiens qui n'avaient jamais été inquiétés par les tribunaux allemands ont été relancées en 2011. Mais Kurt Schrimm, directeur de l’Office fédéral allemand sur les crimes nazis, assurait que beaucoup d’enquêtes « ont dû être abandonnées à cause du décès des suspects, ou parce que ceux-ci ne sont plus en mesure de comparaître en raison de leur âge ». Plusieurs dizaines terminent leurs jours, grabataires ou séniles, dans des maisons de retraite allemandes et la plupart n’ont jamais été inquiétés par la justice.

Cependant après le procès d’Oskar Gröning achevé en juillet 2015, d'autres anciens nazis pourraient encore être poursuivis. Vingt-neuf dossiers d'anciens gardes de camps sont dans les mains de l'Office allemand chargé des crimes nazis en cours d’instruction selon l’historien Fabrice d’Almeida :

Ils font l’objet d’une enquête pour complicité de meurtre selon l'hebdomadaire Der Spiegel en août 2016.

Certains d'entre eux sont même encore recherchés : Vladimir Katriuk, Ivan Kalymon, Soeren Kam, Algimantas Dailide, Theodor Szehinskyj et Helmut Oberlander figurent sur la liste du Centre Simon-Wiesenthal. Tous vivent entre l'Allemagne, les Etats-Unis et le Canada. Le Centre entend les traquer jusqu’au bout. Basée à Los Angeles, cette ONG publie chaque année la liste des derniers nazis en fuite.

La traque pourrait se poursuivre. Après l'arrestation d'Erich Priebke en 2013, le fondateur du Centre, Rabbi Marvin Hier, dans une interview au New York Magazine estimait que des centaines de nazis expatriés vivaient aux Etats-Unis. De son côté, le Washington Post rappelait en septembre dernier que de nombreux soldats allemands avaient à peine 18 ans lorsqu'ils ont été enrôlés et que certains anciens nazis pourraient encore être en vie jusqu'en 2030 et même 2040 (114 ans).

En juin 2016, un autre employé d'Auschwitz, l'ancien SS Reinhold Hanning, 94 ans, a été déclaré coupable de complicité du meurtre d'au moins 170.000 personnes.

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

C/ La représentation en 3D du camp d’Auschwitz

Presque tous les anciens SS, impliqués dans le fonctionnement des camps de concentration, confrontés à la justice allemande depuis les années 1970, ont eu recours au même système de défense : « nous n'avons rien vu, nous ne pouvions rien voir, nous ignorions ce qui se passait dans le plus grand secret. »

Pour vérifier de telles allégations dans le cas d’Auschwitz, l'Office bavarois de police criminelle a fait réaliser une représentation en 3D du camp d’Auschwitz selon un article du quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung :

«Les participants d'un procès peuvent circuler dans le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau et voir ce que les prévenus ne pouvaient soi-disant pas voir, ce que les témoins décrivent, ce que les experts reconstituent. Une promenade virtuelle sur les lieux tels qu'ils étaient en 1944, une sorte de “Google Street View” sur le théâtre d'une tuerie de masse…Tout ceci sert de base pour répondre à la question potentiellement décisive d'un procès: qu'est-ce qu'un gardien pouvait-il voir d'un meurtre commis des millions de fois?»

Cette reconstitution a été réalisée en utilisant quatre sortes d’informations:

1°) des photographies aériennes du camp d'Auschwitz,

par exemple cette photo aérienne de Birkenau montre un convoi arrivé récemment sur la voie qui se terminait dans le camp et construite en mai 1944. La sélection est terminée et les personnes destinées à être gazées dès l’arrivée sont conduites au Crematorium II, comme le montrent les portes ouvertes dans l'enceinte du complexe.

© Par 60. Sqad. SAAF, Sortie N°60PR694 du 25 août 1944

© Par 60. Sqad. SAAF, Sortie N°60PR694 du 25 août 1944

2°) Un modèle numérique du terrain fourni par le cadastre polonais.

3°) Des plans de construction du camp conservés aux archives sur lesquels apparaissent les bâtiments, les baraques et les chambres à gaz dynamités avant l’arrivée des troupes soviétiques.

Des plans de construction originaux du camp d'extermination nazi d'Auschwitz ont été retrouvés en vidant un appartement à Berlin, rapporte le 8 novembre 2008 le quotidien allemand Bild, qui reproduit, en pleine page, des fac-similés de plusieurs de ces documents. Il s'agit au total de 28 plans à l'échelle 1/100e, datés entre 1941 et 1943 et estampillés "Direction de la construction des Waffen-SS et de la police". Certains sont signés d'anciens hauts responsables SS, l'un comporte les initiales de leur chef Heinrich Himmler. (VOIR E 1)

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis
Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis
Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis
Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

4°) Des scans des bâtiments, des baraques et des miradors qui sont toujours debout.

 

Cet outil aurait dû servir pour la première fois en 2014 lors du procès pour complicité de meurtre de Johann «John» Breyer, gardien de la division SS Totenkopf au camp d'Auschwitz-Birkenau. Mais celui-ci est décédé peu avant son procès.

En juin 2016, un autre employé d'Auschwitz, l'ancien SS Reinhold Hanning, 94 ans, a été déclaré coupable de complicité du meurtre d'au moins 170.000 personnes. Le modèle 3D d'Auschwitz a été mis à disposition du tribunal durant le procès. Ce qui a fait conclure la juge Anke Grudda lorsqu'elle a prononcé son verdict:

«Nous considérons comme exclu que vous n'ayez pas vu ne serait-ce qu'une seule fois comment les déportés, qui ne se doutaient de rien, étaient conduits dans les chambres à gaz.»

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

D/ Le procès d’Oskar Gröning en 2015

 

Oskar Gröning, l’ancien comptable d’Auschwitz âgé de 94 ans, L’ancien soldat SS avait assumé dès l’ouverture de son procès, le 21 avril 2015, une « faute morale » et demandé « pardon » tout en s’en remettant au tribunal pour établir sa responsabilité pénale.

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Il a été condamné, le 15 juillet 2015, par le tribunal de Lunebourg, dans le Land de Basse-Saxe, au nord de l’Allemagne, à quatre ans de prison pour « complicité » dans l’envoi dans les chambres à gaz de 300 000 juifs hongrois au printemps 1944 à Auschwitz, alors que le parquet avait requis trois ans et demi de prison en raison de sa « contribution mineure » au fonctionnement d’Auschwitz. L’accusation lui reprocha d’avoir « aidé le régime nazi à tirer des bénéfices économiques des meurtres de masse », en envoyant l’argent des déportés à Berlin, et surtout d’avoir assisté à la « sélection » séparant, à l’entrée du camp, les déportés jugés aptes au travail et ceux qui étaient immédiatement gazés. Sa défense avait insisté sur le caractère administratif des tâches remplies par Gröning alors qu’il avait 23 ans et plaidé l’acquittement. Gröning s’est à nouveau dit « désolé ». « Auschwitz est un endroit auquel personne n’aurait dû participer, a déclaré d’une voix tremblante le nonagénaire. Je regrette sincèrement de ne pas l’avoir réalisé plus tôt et de manière plus conséquente. Je suis profondément désolé. » Il avait aussi déclaré en juillet qu’il ne pourrait demander son pardon qu’à Dieu, ne se jugeant pas habilité à le demander aux victimes de l’Holocauste.

Eva Kor au tribunal de Lunebourg © Julian Stratenschulte AP

Eva Kor au tribunal de Lunebourg © Julian Stratenschulte AP

Une ancienne victime du Dr Mengele, une de ces jumelles, cobayes du docteur SS, Eva Kor, représentant la partie civile a accepté de tendre la main à Gröning.

Durant le procès, Gröning déclara à ses juges qu’il avait été tellement horrifié par les crimes commis dans le camp qu’il avait formulé trois demandes de transfert sur le front, chose qui ne lui a pas été accordée avant l’automne 1944.

OskarGröning en octobre 1942 (Co) Bild Zeitung

OskarGröning en octobre 1942 (Co) Bild Zeitung

L'étude de ces procès montre qu'il reste encore beaucoup de zones d’ombre sur le fonctionnement de l'administration nazie, sa chaîne transmission des ordres et les choix individuels dans le passage à l'acte. En ce sens, ces jugements ont le souci de répondre à la vocation de justice et d'éducation voulue en établissant le caractère inaliénable du crime contre l'humanité.

Pourtant, l'œuvre de mémoire s'essouffle devant l'indifférence grandissante de sociétés focalisées par d’autres sortes d’horreurs comme celles liées au terrorisme et où les convictions sont gangrénées par la montée du négationnisme même dans États de droit comme l’Iran.

E/ De nouveaux arguments contre les négationnistes :

 

1- La découverte des plans d’Auschwitz : une « preuve authentique »

Pour le directeur des archives fédérales allemandes à Berlin, Hans-Dieter Kreikamp, interrogé par le journal Bild la découverte des plans ‘Auschwitz, "c'est la preuve authentique du génocide systématiquement planifié des juifs d'Europe". Certains documents reproduits évoquent la construction d'un "camp de prisonniers de guerre" à Auschwitz. Mais l'un représente clairement une chambre à gaz, intitulée comme telle ("Gaskammer"), de 11,66 m sur 11,20 m. Ce plan a été dessiné par le "détenu N. 127", le 8 novembre 1941, précise Bild. A cette date, des expérimentations du gaz Zyklon B étaient déjà en cours. En janvier 1942, la conférence de Wannsee organisa la "solution finale de la question juive", c'est à dire l'extermination.

Gaskammer © Bild

Gaskammer © Bild

Un plan montre également le premier crématorium. Cinq carrés y désignent les futurs fours crématoires. Le document annoté évoque la "L.Keller" pour "Leichenkeller", soit la "cave à cadavres", dont la longueur initiale prévue était de "8 mètres" mais pouvait être étendue "selon les besoins".

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis
Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

Un autre plan montre le long bâtiment d'entrée du camp d'Auschwitz-Birkenau auquel la voie ferrée conduisait directement pour déverser ses chargements de victimes.

Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis
Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis Un plan du camp d’Auschwitz en 3D pour faciliter les procès des anciens nazis

Plus d'un million de déportés, essentiellement des Juifs, ont péri au "camp de la mort" d'Auschwitz, en Pologne, près de Cracovie. Plus de 6 millions de juifs sont morts sous le nazisme, selon les estimations les plus restrictives. La libération d'Auschwitz le 27 janvier 1945 par les troupes soviétiques a permis de révéler au monde l'ampleur monstrueuse des crimes nazis.

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2 – Oskar Gröning adversaire inattendu du négationnisme :

En 1985, à l'occasion de l'assemblée annuelle de son club philatéliste, Oskar Gröning, passionné de timbres discute politique avec un autre collectionneur. Celui-ci s'insurge: "C'est incroyable qu'il soit aujourd'hui interdit, sous peine de poursuites pénales, de mettre en doute l'Holocauste, alors qu'il n'a jamais eu lieu !" Gröning est sidéré mais ne répondit rien, se bornant à lui dire : « je connais un peu plus de choses à ce sujet, nous devrions en discuter à l’occasion ». Il se procure le livre recommandé par son interlocuteur, Le Mensonge d'Auschwitz de Thies Christophersen, membre de la Croix-Rouge suédoise. Il le renvoie dûment annoté à T. Christophersen, avec notamment ces mots : "J'ai tout vu : le processus de sélection, comment les juifs ont été poussés vers les chambres à gaz, comment leurs corps ont été jetés dans les fours crématoires. J'y étais." Peu après ses commentaires sont publiés dans le courrier des lecteurs du journal néonazi La Paysannerie.

Gröning reçut alors des nombreux appels téléphoniques et lettres, notamment de l’étranger, émanant selon Gröning de « gens qui essaient de prouver que ce que j’avais vu de mes propres yeux, que j’avais vécu à Auschwitz, était une grosse, grosse erreur, une grosse hallucination de ma part car cela ne s’était pas produit ». En réponse Gröning décida de parler ouvertement de son expérience et de dénoncer publiquement les personnes qui soutenaient que les événements auxquels il avait assisté n’avaient jamais eu lieu. [] Son message aux négationnistes est le suivant : « Je souhaiterais que vous me croyiez. J’ai vu les chambres à gaz. J’ai vu les crématoires. J’ai vu les feux ouverts. Je me suis trouvé sur la rampe lorsque les sélections avaient lieu. Je voudrais que vous croyiez que ces atrocités se sont produites car j’y étais ».

Il écrivit également un mémoire de 87 pages à l'intention de sa famille où il raconte à ses deux fils, Gerhard et Wolfgang, tout ce qu'il ne leur a jamais dit -la guerre, son engagement dans la SS, Auschwitz-. Gerhard, l'aîné, avocat à Hambourg, ne bronche pas. Wolfgang, le cadet, philologue, griffonne quelques interrogations dans la marge. Gröning leur répond et distribue cette nouvelle version à ses proches, à ses amis. Pourtant, personne ne lui demande des explications.

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Aussi, en 2003, Oskar Gröning accepte de rencontrer une équipe de la BBC, la chaîne télévisée britannique, qui tourne un documentaire sur la 2nde Guerre. Son histoire, devient publique, celle d’un nazi convaincu qui a rejeté ses convictions d'hier pour adhérer valeurs de la République fédérale allemande, celle d'un Allemand ordinaire, taraudé par ses souvenirs, qui cherche la rédemption.

Le documentaire, « Auschwitz. Les nazis et la "solution finale"», fut diffusé en 2005. L'auteur, Laurence Rees, en tira un livre qui a le même titre Auschwitz. Les nazis et la "solution finale" (Le Livre de poche).

À la différence de ses ex-camarades, Gröning n’a jamais cherché à se cacher ni à nier les faits qui lui furent reprochés en 2015.

Faire le point sur la question du négationnisme :

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