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Blog géopolitique de D. Giacobi

POUR REPONDRE AUX NEGATIONNISTES (4) : COMMENT REPONDRE AU NEGATIONNISME SELON DARQUIER DE PELLEPOIX (Suite de l'article de l'Express en 1978)

Suite de l'article de l'Express:

Louis Darquier de Pellepoix, Commissaire aux Questions juives de Vichy, réfugié en Espagne où un journaliste de l’Express alla l’interviewer en 1978 :

Une interview de Louis Darquier de Pellepoix, ex-commissaire aux Questions juives du gouvernement  de Vichy par des journalistes de L’Express


L’Express :
II me semble, au contraire, que vous vous entendiez fort bien avec Dannecker. Tous les documents le II me semble, au contraire, que vous vous entendiez fort bien avec Dannecker. Tous les documents le prouvent.

L. Darquier : Absolument pas. Les Allemands n'arrêtaient pas de me mettre des bâtons dans les roues.

L’Express : Ah bon ! Alors, que signifie cette note du 29 mai 1943, adressée par Roethke, le successeur de Dannecker, à Knochen : « A plusieurs reprises, Darquier nous a demandé d'appuyer ses projets de loi, car, depuis longtemps, il a perdu tout espoir que le gouvernement français accepte un seul de ses projets » ?

L. Darquier : C'est encore un faux ! Un faux fabriqué après coup par les Juifs ! Ah, ces Juifs, ils sont impayables ! Ils sont capables de n'importe quoi pour fabriquer un bouc émissaire. Ils ont fait de moi un personnage de roman. Ils voulaient absolument tout me mettre sur le dos. Moi, qui les ai tant aidés ! Mais ils ne m'ont pas eu. Du reste, il était très difficile de m'avoir, puisque je suis mort deux fois...

L’Express : Comment ça?

L. Darquier : Je vais vous raconter... En 1944, quand tout a commencé à craquer, je me suis mis à penser à ma propre santé. Un camarade m'a conduit à Toulouse, un autre m'a emmené à Bordeaux, et une troisième personne m'a fait passer en Espagne. Et puis, la Libération est arrivée. Un beau jour, ils sont tombés sur quelqu'un qui me ressemblait de manière étonnante. C'était une période complètement hystérique, vous savez. On arrêtait n'importe qui, on fusillait au hasard. Alors, ils ont pris ce pauvre bougre, et la foule criait : « C'est Darquier ! C'est Darquier ! Fusillez-le ! » Tout à fait entre nous, j'ai toujours pensé qu'il y avait quelques amis à moi dans cette foule. Passons... Bref ! Ils ont fusillé ce pauvre malheureux à ma place. Et puis, quelques années ont passé. Ils ont découvert que j'étais bel et bien vivant. Alors, ils m'ont condamné à mort. Par contumace. Le 10 décembre 1947. Ils ne pouvaient pas faire autrement (il rit un peu). Mais, depuis, laissez-moi vous dire qu'ils m'ont foutu une paix royale !

L’Express : On n'a jamais demandé votre extradition?

L’Express : Jamais. Qu'allez-vous imaginer ? Au fond, je peux bien vous le dire : jusqu'à un passé récent, j'ai toujours entretenu les meilleures relations avec l'ambassade de France à Madrid. Nous nous voyions souvent. J'allais parfois à leurs réceptions!

Le 27 août 1978, le porte-parole du ministère de la Justice me déclare :« Louis Darquîer de Pellepoix a été effectivement condamné à mort par contumace, le 10 décembre 1947, pour intelligence avec l'ennemi. Sa peine est prescrite depuis 1968. Seule, l'interdiction de séjour est maintenue à vie. »

L’Express : Si j'ai bien compris, l'auteur de la grande rafle de juillet 1942 ne s'est pas rendu coupable de crime contre l'humanité...

L. Darquier : D'abord, la grande rafle, comme vous dites, je n'y suis pour rien. Elle avait été décidée bien avant. Moi, j'étais au Commissariat depuis quelques semaines. Je n'étais au courant de rien.

L’Express : Ce qu'il y a de terrible avec vous, c'est que, comme vous n'arrêtez pas de raconter des histoires effarantes, quiconque vient vous demander de simples informations est obligé de se transformer en accusateur. Vous n'étiez pas au Commissariat depuis quelques semaines. Vous étiez à la tête de la répression antijuive depuis le mois de mai. Plus de deux mois ! Et vous aviez déjà pris des décisions qui étonnaient même les Allemands.

L’Express : Avouez que, pour les nazis, vous étiez un homme rêvé. Dès 1936, vous réclamiez en plein Paris des mesures — la dénaturalisation, entre autres — qu'ils n'osaient pas imposer eux-mêmes en 1942.

L. Darquier : Encore une fois, vous n'avez aucune idée de l'atmosphère de ce pays dans les années 30. Les Juifs étaient partout. Ils avaient tous les leviers de commande. Quand j'ai giflé Léon Blum — oui, j'ai publiquement giflé Léon Blum, et je ne le regrette pas... — c'était un geste naturel, un geste que beaucoup d'autres Français rêvaient de faire. On ne pouvait pas, à l'époque, aimer son pays, vouloir la paix, sans se dresser contre les Juifs. Impossible ! Mais je dois dire quand même que les Français sont de drôles de zigotos. Ils ont une sensibilité épidermique aux variations démographiques. Quand il y a trop de Juifs, quand ils se sentent cernés, pressurés par les Juifs, ils se mettent à hurler : « Dehors, les Juifs ! » Eventuellement, ils descendent dans la rue. Mais tuez-leur cinquante Juifs, et les voilà qui poussent les hauts cris.

L’Express : II reste que ces antijuifs modérés vous ont élu haut la main. En 1935. Un monsieur, vous-même, qui devait déclarer à la salle Wagram, dans un meeting, le 11 mars 1937 : « Il faut de toute urgence résoudre la question juive. Que les Juifs soient expulsés, ou qu'ils soient massacrés. » Même à Nuremberg, dans ces temps-là, il me semble que l'on y mettait — verbalement — plus de formes...

L. Darquier :: C'était une image. Moi, vous savez, je n'ai jamais voulu la mort de personne.

L’Express : Pas même la mort des Juifs que vous avez envoyés à Auschwitz ?

L. Darquier : Je voulais qu'ils débarrassent le plancher, le reste ne m'importait pas. Ce n'était pas mes oignons.

L’Express : Je trouve qu'il y avait, chez vous, une recherche pointilleuse dans la persécution tout à fait singulière.      Sur la photo Bousquet est au 1er pla, Darquier de Pellepoix au milieu:
Ainsi, vous rédigez, le 9 septembre 1942, la note de service suivante :

« Le commissaire général a remarqué que, dans la correspondance de certains services, les juifs étaient dénommés « Israélites ». L'emploi de cette dénomination est dû à l'influence juive, qui, en interdisant le mot « juif », a réussi à matérialiser, dans les termes, le moyen principal de défense de la juiverie, qui consiste à prétendre que le problème juif n'est qu'un problème religieux. Au Commissariat général aux Questions juives, un juif doit être appelé un juif, et on ne doit pas écrire  "Monsieur Lévy" ou "MonsieurDreyfus", mais le "juif Lévy », ou le "juif Dreyfus"...

Signé Darquier de Pellepoix. Notifié à tous les services de Vichy. »

L. Darquier : Et alors? Que trouvez-vous à redire ? Les Juifs ne constitueraient pas une race ? Il ne serait pas vrai qu'ils se dissimulent derrière une prétendue religion pour perpétrer leurs forfaits sur toute la surface du globe ? Vraiment, je ne vois pas ce que vous avez à reprocher à cette note. Elle est parfaitement anodine. Il n'y a pas là trace de persécution, comme vous dites.

L’Express : Qui parle de race, en 1942, en France, pour désigner des individus ou pour désigner un peuple, se rend complice d'un génocide. Non?

L. Darquier : Mais, enfin, il n'y a pas eu génocide, bon sang de bonsoir ! Il faut vous sortir cette idée-là de la tête.

L’Express : C'est bien cela qui est terrifiant. Vos décisions n'auraient pas été directement dictées par Berlin. Vous savez ce qu'a déclaré Knochen au magistrat instructeur, le 4 janvier 1947, juste avant son procès?

L. Darquier : Knochen n'était pas un fou, comme Dannecker. Je tiens absolument à le préciser.

L’Express : Knochen a dit : « A partir de l'arrivée de Darquier de Pellepoix, le Commissariat général aux

 Questions juives a fait de l'excès de zèle, allant au-devant de nos désirs et pratiquant à l'occasion la surenchère. »

L’Express : Donc, vous arrivez en Espagne…

L. Darquier : Oui. Et, au début, ma femme et- moi, nous étions pauvres comme Job. J'ai lu, je ne sais plus où, que j'avais monté une affaire de bretelles. C'est faux. Des bretelles, j'en ai vendu, c'est bien vrai, mais à la criée, dans les jardins du Retire, à Madrid. Mais, heureusement, la dèche n'a pas duré bien longtemps. C'est que j'avais conservé de bons amis en Espagne, du temps de la Guerre civile. Des militaires. Ils m'ont aidé. Ils m'ont remis sur mes rails. Ils m'ont protégé.

L’Express : Quels militaires?

L. Darquier : Vous ne saurez pas. J'ai horreur de la délation, cher monsieur (2). Je vous dirai que je suis devenu traducteur officiel de l'Oficina diplomatica. C'est moi qui traduisais les discours officiels des ministres de Franco. J'ai aussi traduit l« Le Livre rouge de Gibraltar ». Plus- tard, j'ai pu monter ma petite école de langues.

(2) Le protecteur de Darquier était le général Barroso Sanchez-Guerra.

L’Express : Et pendant très longtemps vous étiez même, sous votre propre nom, dans l'annuaire de Madrid, c'est vrai... Vous avez eu quand même plus de chance que Laval. Lui, les Espagnols l'ont extradé.

L. Darquier : Pas du tout. S'il était resté à Madrid, bien tranquille, comme moi, il ne lui serait rien arrivé. Mais

sa femme, un beau jour, lui a dit : « Rentrons. Tu n'as rien fait. Ils n'oseront pas te toucher. » Et il est rentré, pour faire plaisir à sa femme. Vous connaissez la suite. Ils l'ont fusillé, le pauvre vieux... Pauvre sale tête d'Auvergnat...

L’Express : En trente-quatre ans, personne n'est venu vous voir, personne n'a essayé de s'emparer de vous, personne ne vous a menacé?

L. Darquier : Jamais personne... Ah, si... Il y a trois ans, quelqu'un, une voix française, m'a téléphoné pour m'injurier. Il disait : "Salaud! On va te faire la peau. " J'ai eu peur. Pas tellement pour moi. Pour ma famille. J'ai appelé aussitôt mes amis militaires pour leur demander une protection particulière. Ils me l'ont aussitôt donnée. Depuis, rien !

L’Express : Est-ce qu'il vous arrive parfois d'avoir des regrets? Des remords ?

L. Darquier : Regrets de quoi? Je ne comprends pas votre question.

Entretien conduit par Philippe Ganier-Raymond. Copyright © 1978. L'Express.

 

 

           

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