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Blog géopolitique de D. Giacobi

LE NEGATIONNISME JAPONAIS FACE AUX CRIMES DE LA 2nde GUERRE: L'Unité 731

a) Les faits : l Le Massacre de Nankin en 1937 : En décembre 1937 les Japonais qui ont envahi la Chine s’emparent de la ville de Nankin (= Nanjing), dans laquelle se trouve un quartier occidental (concessions) comme dans de nombreuses villes chinoises. De nombreux occidentaux ont ainsi pu témoigner des massacres qui ont accompagné la prise de la ville. Le Tribunal de Tôkyô a établi que durant cette même période, 20 000 viols  furent perpétrés et estima qu'il y eut environ 200 000 personnes tuées par les Japonais, estimation la plus généralement admise et fondée sur les documents des deux associations humanitaires qui s'étaient chargées de l'enterrement des cadavres et sur les témoignages des survivants. Le tribunal de Nankin a quant à lui évalué à 300 000 le nombre de victimes. Ce nombre a été adopté officiellement par le gouvernement chinois qui l'a inscrit sur le mausolée commémoratif du massacre Ø . En 1954 le major Ohta Hisao , remit aux autorités un rapport où il détaillait les méthodes utilisées pour se débarrasser des cadavres des civils et militaires chinois assassinés : les corps furent empilés par groupes de cinquante puis jetés dans le Yang-Tse, des milliers furent chargés sur des camions pour être brûlés ou enterrés dans des zones inhabitées. Il estimait que 150 000 cadavres disparurent entre le 15 et le 18 décembre 1937. En additionnant ce nombre aux statistiques d'enterrements, l'historien chinois Sun Zhaiwei parvint à 370 000 morts, deux fois plus qu'Hiroshima et Nagasaki réunis.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Nankin

Témoignages sur la brutalité des faits à Nankin :
è Un article du 13 décembre 1937 publié dans le Nichi Nichi shimbun racontait les « exploits » des sous-lieutenants Mukai et Noda lancés dans un concours de décapitation. Arrivé au score 106 contre 105 et ne pouvant déterminer le vainqueur, le concours continua pour 150. Cependant la violence de la répression fut cachée à l’opinion japonaise.

è Cadavre d'une femme avec une tige de bambou dans la vulve. × Cette pratique était utilisée par les soldats de l’armée impériale shōwa pour marquer leur mépris à l'égard des chinoises.


l
Akira Makino était officier du corps médical de la marine impériale sur la base aérienne de Zamboanga de l'île philippine de Mindanao  où les japonais affrontaient des groupes de guérilla composés de musulmans Moro, réputés très cruels. A 84 ans, en 2006, Il a affirmé que des prisonniers ont été exécutés et d’autres gardés comme cobayes pour son capitaine, qui voulait enseigner aux jeunes médecins comment pratiquer des opérations ; des expérimentations de vivisection sur les détenus ont eu lieu de déc 1944 à février 1945, elles ont causé la mort d'une trentaine de victimes, parmi lesquelles des femmes et des enfants. Selon Makino, les vivisections duraient entre 10 mn et 3 heures. Les membres étaient coupés puis les organes retirés un à un.

 http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-un-ex-officier-nippon-avoue-avoir-pratique-la-vivisection-humaine-55.asp?1=1

l En 2007, Ken Yuasa, médecin ayant pratiqué de 1942 à 1945 des vivisections dans un hôpital militaire du Shanxi, affirmait qu'au moins mille Japonais, incluant des médecins, ont participé à des vivisections en Chine

l Les confessions de Makino rappellent le souvenir sinistre de l'Unité 731, basée à Harbin en Mandchourie (NE de la Chine) et dirigée par le général Shiro Ishii, × surnommé "le savant fou", qui expérimentait des armes biologiques notamment à base de peste, on lui attribue la mort d'environ 10.000 prisonniers de guerre. Certaines victimes se virent injecter du sang d’origine animale.  Pour mettre au point un traitement des engelures, des prisonniers étaient mis à l’extérieur dans de l’eau glacée et forcés de laisser leurs bras exposés au froid. Leurs bras étaient alors régulièrement arrosés d’eau jusqu’à ce qu’ils soient complètement gelés. Le bras était ensuite amputé. Le médecin répétait le procédé depuis le bas du bras de la victime jusqu’à son épaule. Une fois les deux bras complètement amputés, les médecins faisaient de même avec les jambes jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une tête et un torse. La victime était alors utilisée pour des expériences portant sur la peste et d’autres agents pathogènes.

Selon Global Security.org, les expériences réalisées par l’Unité 731 sont responsables de 3 000 décès. En outre, «des dizaines de milliers, peut-être même 200 000 Chinois moururent de peste bubonique, du choléra, de l’anthrax et d’autres maladies…» résultant de la guerre biologique.  En lien avec l’unité 731 fonctionna à Nankin une unité d’expérimentation, l’Unité 1644.

 

b) Le « Procès de Tokyo » :  Un « Tribunal interallié sur les crimes de guerre japonais » (Tribunal Militaire International pour l’Extrême Orient - TMIEO - ) se tint à Tokyo de mai 1946 à novembre 1948 . 7 accusés furent condamnés à mort sur 8 (des militaires et des hommes politiques comme les anciens premiers Ministres Tojo et Hirota.)  Le général Iwane Matsui, responsable militaire des troupes ayant pris Nankin fut condamné à mort pour ne pas avoir empêché le massacre de Nankin. En raison d'un pacte conclu en 1945 entre l'empereur Hirô Hitô et le général MacArthur, le prince Yasuhiko Asaka, oncle de l'empereur et officier ayant commandé le massacre des civils, ne fut pas accusé devant le tribunal. Dans une déposition faite le 1er mai 1946 aux enquêteurs internationaux, il nia l'existence d'un massacre et déclara « n'avoir jamais reçu de plainte quant à la conduite de ses troupes ». Cependant l’unité 731 n’est pas évoquée lors du procès car d’une part tous les prisonniers survivants ont été exécutés par les japonais et toutes les installations détruites, d’autre part en septembre 1947 les EU décident d’accorder l’immunité aux officiers de l’unité 731 en échange d’informations et des résultats de leurs expérimentations bactériologiques qui avaient été ramenées au Japon.

Des poursuites pour « crimes de guerre » firent écarter des fonctions publiques 200 000 personnes (dont 180 000 soldats). Cependant dès la fin de l’occupation américaine en avril 1952 ils revinrent au pouvoir ( le 1/3 des députés élus alors étaient des anciens « épurés », 3 furent premier Ministre entre 1952 et 1960.)

 



c)
Il existe aussi au Japon des « thèses négationnistes » : un professeur de l’université de Tokyo, Fujioka Noobukatsu, affirme que les massacres de l’armée japonaise ne sont que des mensonges des enseignants de gauche. On présente le Japon en « victime de l’holocauste nucléaire perpétré par les EU » mais on ne donne guère la parole aux japonais qui rappellent que le pays travaillait  sur l’arme atomique. On  a peu répercuté dans les médias les quelques témoignages–confessions sur des « expériences in vivo » furent menées sur des prisonniers chinois pour expérimenter des armes bactériologiques ou sur des Philippins. En Asie, beaucoup n’ont pas oublié la phrase du député de droite, T. Yosaburo, en 1940, sur : «  la nécessité de transformer le Pacifique en un « lac japonais ».

Dès 1990 le nouvel empereur Akihitô  et le 1er Ministre Kaifu présentèrent des excuses à la Corée du Sud pour l’invasion et la colonisation du pays de 1910 à 1945 . Mais l’empereur n’effectua pas de visite officielle pour ne pas aller plus loin dans « la diplomatie des excuses ». Le Japon a refusé (à la différence de l’Allemagne) de payer des « réparations de guerre » aux deux Corées, aux prisonniers de guerre , aux « comfort women », ces jeunes coréennes, prostituées de force pour l’armée japonaise et aux travailleurs forcés – 2,4M en 1945- . Plusieurs procès à titre individuel ont eu lieu devant les tribunaux japonais. Les polémiques ont été nombreuses sur les excuses et sur le contenu des manuels japonais  d’histoire qui minimisent ou passent sous silence le Massacre de nankin en 1937. Le ministre de la Fonction publique, Eto Takami, affirmait:    « la colonisation japonaise a eu des effets positifs en Corée », ce qui provoqua la protestation officielle du gouvernement sud coréen. Aussi le 15 août 1995 le Premier Ministre Murayama  déclarait : «   Le Japon a imposé des souffrances énormes à de nombreux pays d’Asie. Dans un esprit de profonde humilité, je considère  ces fait comme irréfutables au regard de l’histoire. J’exprime du plus profond du cœur mes plus profonds regrets et nos condoléances aux victimes de la guerre. » 

 

d) Le sanctuaire Yasukuni (Pays serein), à Tokyo, est un de ces lieux de mémoire révélateurs des ambiguïtés de la conscience historique japonaise. De culte shinto (animiste), Yasukuni, monument national, honore les morts pour la patrie. Le portique qui marque traditionnellement l'entrée des sanctuaires shintoïstes prend ici une dimension triomphale.Ø  Une large allée bordée de lanternes de pierre, de cerisiers et de ginkgos mène à un pavillon de bois. Le toit orné de dorures repose sur douze piliers drapés d'une large tenture blanche frappée du chrysanthème à seize pétales de la maison impériale. Fondé en 1869, au début de l’ère Meiji, le sanctuaire fut un instrument de mobilisation nationale, cimentant les liens entre la population et l'empereur à travers la vénération des héros morts en son nom. « Nous nous retrouverons à Yasukuni ! », lançaient les kamikazes partant pour leur dernière mission. Parmi les noms des 2,4 millions de soldats, marins et infirmières inscrits sur les registres du sanctuaire, figurent toutefois, depuis 1978, ceux de quatorze criminels de guerre, dont le général Hideki Tojo, 1er Ministre, pendu avec six des autres condamnés. Selon l' Encyclopédie de Yasukuni, publiée par le sanctuaire, les criminels de guerre furent « cruellement exécutés sous l'accusation fallacieuse de crimes de guerre par un tribunal asservi aux forces occupantes ». Pourtant à l'exception de nostalgiques, ce n'est pas le culte national que célèbrent la plupart des 8 M de fidèles qui font chaque année le pèlerinage à Yasukuni. Ils viennent prier pour le repos de l'âme de leurs morts. Dans les croyances populaires, les morts deviennent des esprits. Et, plus que toute autre, l'âme des défunts décédés tragiquement doit être apaisée pour atteindre à la paix dans l'au-delà. Une croyance qui explique la résistance des familles des victimes de la guerre à admettre que celle-ci fut une « agression » et que leurs parents sont, par conséquent, morts pour une cause injuste.         

 

 

e) Le 15 août 1995 le Premier Ministre Murayama  refusa d’établir la responsabilité de l’empereur et de désigner des responsables, cela montre que le Japon a du mal à assumer son passé.

    Le 4 janvier 2006, le Premier Ministre Junichiro Koizumi, a relancé le débat en défendant ses 5 visites à la date traditionnelle du 15 août au sanctuaire Yasukuni, Ø où sont honorées, parmi les âmes des morts pour la patrie, celles de 14 criminels de guerre condamnés par le Tribunal interallié de Tokyo : « Je ne comprends pas pourquoi certains Japonais critiquent ces visites, et encore moins que des gouvernements étrangers condamnent les opinions personnelles d'un homme politique et essaient d'en faire un problème diplomatique ». Il a exhorté Pékin et Séoul à reprendre le dialogue ; en effet après avoir demandé à plusieurs reprises au 1er Ministre de cesser ces visites, Pékin et Séoul ont suspendu leurs entretiens au sommet. Selon M. Koizumi, « les pays étrangers n'ont pas à s'ingérer dans la façon dont nous honorons nos morts ».

Elu par le Parlement en septembre 2007 le Premier Ministre Fukuda Yasuo se prononça très clairement contre toute visite au sanctuaire Yasukuni où ont été déplacées les tablettes de 14 criminels de guerre japonais.








Son successeur en septembre 2008 le Premier Ministre
Tarō Asō, un des rares fidèles de l’église catholique romainedu Japon (sa famille, côté maternel est catholique depuis plusieurs générations, son nom de baptême est Francisco (Furanshisuko) en l’honneur de  saint François Xavier évangélisateur du Japon.) Cette foi fait que, malgré son populisme, contrairement aux autres hommes politiques japonais, il n'a jamais participé aux visites du 15 août au sanctuaire Yasukuni, à cette date il célèbre la fête chrétienne de l’Assomption de la Vierge Marie. Cependant son populisme s’exprime dans le fait qu’il n’a pas hésité à dire que la colonisation de Formose-Taiwan par le Japon fut une bonne chose car elle créa les bases du développement futur de l’île.

   Conclusion : Plus que des excuses et des remords - exprimés à maintes reprises -, seule l'exploration, par les Japonais eux-mêmes, des responsabilités de leurs dirigeants libérerait Tokyo de l'hypothèque que fait peser ce passé mal assumé sur ses relations avec ses voisins. Mais c'est mettre en cause la responsabilité, morale au moins, de l'empereur Showa (Hirohito), c'est aussi souligner celle de l'occupant américain, qui exonéra l'empereur de toute faute et favorisa le retour au pouvoir de la droite afin de faire de l'Archipel un bastion de sa stratégie anticommuniste en Asie. Un héritage multiple qui nourrit le négationnisme contemporain.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9visionnisme_au_Japon

http://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_de_guerre_du_Japon_Sh%C5%8Dwa

http://fr.wikipedia.org/wiki/Unit%C3%A9_731

www.monde-diplomatique.fr/2007/03/TAKAHASHI/14509

http://www.ihtp.cnrs.fr/spip.php?article669&lang=fr

 

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