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Blog géopolitique de D. Giacobi

Mémoires de Bretagne: Quatre générations de sculpteurs, les Hernot

Sur les traces des Hernot, « la famille aux mille croix ».

  
     Chez   Yves   Quenven,   on
conserve pieusement le souvenir de la famille Hernot. C'est vrai que son propre grand-père, Yves Marie Le Calvez Øétait 1er graveur de l'atelier Hernot et qu'il vouait lui-même « une admiration sans borne pour ses deux patrons », explique M. Quenven. Il était entré au chantier Hernot en 1861 à l'âge de 13 ans et ne s'est arrêté de graver qu'en 1927, à 79 ans. C'est lui qui grava la plaque aux 244 morts de la guerre de 1914, scellée dans le mur de la chapelle des Trépassés, en l'église de Lannion. C'est également lui, probablement, raconte toujours M. Yves Quenven, qui grava le monument du Marchallac'h ».

    MM. Quenven et Jean Lemoine  rappellent rapidement l'histoire de cette glorieuse famille lannionnaise; ils nous mènent sur les traces des Hernot, pères et fils, célèbres sculpteurs au XIXème  siècle nés à Plouaret. A eux deux, le fondateur et son fils, furent à l'origine de  967 calvaires de granit ! Leurs œuvres se distinguent aisément par leur style particulier et pourtant, de l'un à l’autre, les variantes décoratives sont nombreuses.

 

    Œ Au début du XIXème  siècle, vivaient à Plouaret, au hameau de Kerroué, Jean Hernot ×(vers 1793 - 1857) et son épouse Isabelle Has. Il exerçait le métier de maçon. Plus tard, la famille habitera une petite maison à l’angle de la place de l’Eglise et de la Route de Lannion.

 

     le 14 février 1820 près de Plouaret et décédé à Lannion le 17 février 1890, l'aîné de leurs trois enfants, Yves Hernot, surnommé Yves 1er, se révéla particulièrement doué. Son talent fut précoce : de petit manœuvre et de maçon avec son père qu'il fut d'abord. Yves Hernot devint ensuite «Piker mein», tailleur de pierre , puis sculpteur. Il devint même barde, comme il le racontera plus tard en un poème breton,  lorsque ayant développé sa connaissance de la langue bretonne, il devint ami de Jaffrenou-Taldir (Carhaix) et de Guillaume Carpec (Saint Brieuc). Il révéla son goût pour la sculpture d'une façon originale : « II avait 9 ans, raconte M. Quenven, et un dimanche, resté seul à la maison, il lui vint l'idée de restaurer une statue de Saint-Jean à laquelle il manquait la tête. L'enfant prit un morceau de granit et quand ses parents rentrèrent de la messe, ils trouvèrent leur statue... entière. » 

Yves Hernot I  racontait cet épisode: "A Saint-Jean, il y avait une fontaine en pierres de taille. La fontaine était belle, l'eau était claire, mais le saint avait été décapité. Et l’enfant que j’étais qui allait avec tant de plaisir à l'église pour entendre les paroles de son Dieu, pour être plus sage ensuite.. était chagriné à ce spectacle et, dans mon esprit, je cherchais comment restaurer le saint. Un dimanche pendant la messe, j'étais resté seul à la maison. Je saisis une pierre de peigne de lin et quelques marteaux. J'ai travaillé dur ce dimanche là pour restaurer la tête du saint. Quand les gens revinrent de la messe, la tête du saint était près de moi. Elle était mise sur ses épaules il y a quarante ans de cela. On peut l'y voir encore. Et c'est une joie pour moi ! J'avais alors huit ou neuf ans. Je ferais mieux maintenant peut-être si j'ai santé et joie". 

Yves ne cessa de sculpter. A vingt ans, il s'embauche a Lannion comme tailleur de pierres, Désireux. de s’instruire, il sollicita l'aide du curé de Lannion qui lui permet d'acquérir une formation théorique et d’enrichir ses connaissances. Yves le remercia en lui offrant un crucifix taillé au couteau, puis ouvrit à 24 ans en 1844 son entreprise de fabrication de croix, calvaires, statues, autels et tombes, à Plouaret, son village natal où il se maria.

 En 1856 il vint se fixer à Lannion car le curé de Lannion se souvenant de son talentueux élève l'aida à s'y installer, rue de Tréguier, à l’emplacement occupé aujourd'hui par les Pompes funèbres générales. Le curé de Lannion lui commande aussi le magnifique Ú Calvaire de Saint-Jean-de-Baly , qui vaudra à son auteur une médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris en 1867.

Son entreprise va alors vite prospérer. L’effectif passera rapidement à 50 employés, puis à 80 employés. Yves Hernot ouvre des carrières de granit à Plouaret, à l’Abber-Ildut, à Daoulas où l’on extrait la pierre de Kersanton ou Kersantite.

Voir article sur la pierre de Kersanton:
http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-31193678.html
Dans les années 1884-1885, l'effectif de son entreprise atteint son maximum
 : entre cent et cent dix ouvriers Ú(carriers, tailleurs, sculpteurs, graveur, polisseurs) qui travaillent alors au marteau, à la boucharde et au ciseau.

La plupart des monuments sont réalisés dans du Kersanton gris ou noir en provenance de la région de Brest. L'homme connaît à l'époque une formidable réussite réalisant près de 25 calvaires par an. Parmi les œuvres les plus réussies et connues, il faut citer la croix de Saint-Jean-du-Baly, la grotte de Lourdes du vatican, la croix du carmel du Pater Noster Ú  au mont des Oliviers à Jérusalem.


Pendant ces années, Yves
Hernot aidé de ses ouvriers édifia plusieurs centaines de calvaires et, aussi de nombreux monuments et statues. II sculpta 517 calvaires, ne laissant le ciseau que pour ciseler ses poèmes bretons qui furent vite célèbres dans toute la contrée. Pour Taldir Jaffrennou, l'auteur du Bro Goz Ma Zadou, Yves Hemot «est le chantre de son clocher, des petites chapelles et des christs tordus qui surgissent des landes». Yves Ier pouvait se prévaloir d’innombrables tombes Údont celle de Mgr Le Mintier (dernier évêque de Tréguier), ou de l’amiral de Kerjegu et les nombreuses statues parmi lesquelles celle de l’amiral Duquesne à Concarneau.


En 1891, le Comte de Chauveau, nouveau propriétaire fit réaliser par les Ateliers Yves Hernot de Lannion la statue de l’Amiral Duquesne Ú réalisée en souvenir du grand marin que Concarneau s’enorgueillit d’avoir compté parmi ses citoyens. Aujourd’hui dressé en bordure du Chenal, sur la rive du Passage, le géant de pierre empanaché accueille les visiteurs venus du large.

http://www.vacanceo.com/albums_photos/voir-photo_473400.php



 
Grand prix de Rome de sculpture, il présenta ses œuvres à divers expositions et obtint pas moins de 27
médailles dans diverses expositions. II se disait toujours « fabricant de saints et de croix ».
Une grotte de Massabielle de Lourdes Ú, qu’il sculpta, fut exposée au Marchallac'h en 1868 et offerte par son auteur au Vatican en 1875 ;  en témoignage de son talent et en remerciement pour le don, il fut fait Grand-croix de l'ordre de Grégoire Le Grand. Située dans la partie la plus haute des jardins du Vatican (71m au dessus de la mer), elle est le cœur spirituel du par, copie fidèle de la grotte de Massabielle, avec un autel original de la grotte de Lourdes, offert au Pape Jean XXIII ; la statue de la Vierge est contournée par un rideau vert de vigne américaine. Devant cette statue, aujourd'hui encore, le Pape, pour clore le mois de mai, salue les fidèles au terme d’une marche aux flambeaux à travers les Jardins du Vatican.


 
Il meurt en 1890 après avoir laissé à son fils — Yves également,   surnommé Yves II — une entreprise florissante de 100 ouvriers. 

 

   Ž  Son fils ( 10 mai 1861-1929), prénommé Yves comme lui, fut son aide, son bras droit  et, après avoir fait l’école des Beaux-Arts à Paris, son compagnon, puis son successeur. Il avait épousé Marie Gourhant (1868-1950), dont les lannionnais d’un certain âge peuvent se souvenir. Ils eurent huit enfants.

Il va prendre le relais avec 440 calvaires à son actif. Il est l'auteur du Calvaire des BretonsÚ, à Lourdes, sur l’esplanade, qui fut érigé en 1901 en pleine période troublée de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il fut élevé d’après les plans de l’architecte Le Guerranic : Yves II sculpta la croix, la Vierge, Saint-Jean, Marie-Madeleine et Longin, le soldat romain qui perça le flanc du Christ.


L’entreprise s’accrut encore, produisant des centaines de nouveaux calvaires en Bretagne, dans le reste de la France et dans les pays les plus lointains. On peut citer parmi les plus beaux et les plus célèbres, Ie Calvaire de Réparation à Tréguier, les calvaires de Lourdes, du carmel de Lisieux, celui de Jérusalem ou bien celui qu'il offrit au pape Léon XIII en 1902 et qui s'élève dans les jardins du Vatican.

A propos du Calvaire de réparation de Tréguier :

Comme
l'avait été son père, Yves Hernot fut couvert de récompenses professionnelles.

« La tradition, raconte M. Quenven, veut que pendant un an de la guerre 14, Yves Hernot continua de payer ses ouvriers en liquidant une belle collection de timbres ».

 


 
 Léon Hernot, le fils du précédent, a sculpté de nombreux monuments aux morts Ù comme celui du Marchallac'h à Lannion Úinauguré en décembre 1923 ou celui de Ploulec’h Ú; Paul Hernot, autre fils, réalise Úle calvaire de Ploulec’h (voir note) avant de choisir la carrière de la marine et des cap-horniers.





Conclusion :
Ce n'est que vers 1932 que l'entreprise Hernot ferma ses portes.

Ainsi trois générations au prouvèrent leur talent, accomplissant chacune à son tour le vœu du premier Yves Hernot : « relever les calvaires effondrés ou renversés par les anticléricaux, repeupler les églises et les chemins bretons, rayonner au loin, dans les lieux sacrés les plus lointains ».

Leurs croix et calvaires jalonnent la Bretagne. Il y en a aussi en Normandie, en Vendée, en Corrèze.

Des monuments ont même été expédiés à l’étranger : à Jersey, au Carmel de Jérusalem, à Haïti, en Colombie britannique, au Sénégal. Dans le Jardin du Vatican, la Grotte de Lourdes (1868-1875), offerte au Pape Pie IX par Yves Ier, vient également de Lannion.

Près d'un siècle de travail qui marque toujours le paysage breton et bien plus loin encore.

 

    Note : Une croix Hernot se signale surtout par un fût, souvent circulaire, parfois à quatre pans écotés. Les branches de la croix présentent aussi des écots et leurs extrémités s'évasent souvent en une sorte de corolle éclatée. Quant au Christ, sa tête est le plus souvent penchée sur l'épaule droite, le torse saille et se détache du fût. Les pieds ne sont jamais croisés l'un sur l'autre.

 

Bibliographie :

Le Trégor 7 novembre 1987 et 13 mai 1999, Roger Laouénan
http://www.lannion-perros.maville.com/actualite/2003/11/01/lannion/yves-hernot-figure-de-l-art-fun%C3%A9raire-breton-en-cette-f%C3%AAte-39077414.html

Histoire  du monument aux morts  de Pornichet

http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/1226415748412/0/fiche___ressourcepedagogique/&RH=1160251854265

 

 

 

Note : Dénomination : croix de chemin de Ploulec’h

http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=MERIMEEIA22002401&q=sdx_q7

 

Précisions sur la localisation

Numéro INSEE de la commune : 22224

Aire d'étude : Communes littorales des Côtes-d'Armor

Canton : Lannion

Milieu d'implantation : en village

Latitude : 48.7188457

Longitude : -3.5022121

Eléments de description

Matériau(x) du gros-oeuvre et mise en oeuvre : kersantite ; granite ; pierre de taille

Commentaire descriptif : Croix sur soubassement taillée dans le granite et le kersanton. L'édicule se compose d'un emmarchement à deux degrés supportant un soubassement à corniche débordante sur lequel est dressée une croix au fût de section octogonale sommé d'un croisillon portant un décor sculpté en ronde-bosse : Vierge Marie à gauche, Christ en croix au centre, saint Jean à droite. Le soubassement porte une inscription sur la face ouest et sur la face sud. Inscription INRI au-dessus du Christ.

Technique du décor des immeubles par nature : sculpture

Représentation : Vierge ; Christ en croix ; saint Jean

Typologie : Type finistérien.

Etat de conservation : bon état

Eléments d'historique

Datation(s) principale(s) : 2e quart 20e siècle

Datation(s) en années : 1930

Justification de la (des) datation(s) : porte la date

Auteur(s) de l'oeuvre : Hernot (sculpteur)

Justification de la (des) attribution(s) : signature

Commentaire historique : Croix des ateliers Hernot érigée en juin 1930 à l'initiative de l'abbé Savidan, d'Yves Boulanger, maire de Ploulec'h, et d'Aimé Raoul, président du conseil paroissial. L'édicule porte la signature de l'auteur, la date de construction, ainsi que les noms des commanditaires.

Statut juridique

Statut de la propriété : propriété de la commune

Intérêt et protection

Intérêt de l'oeuvre : à étudier

Nature de la protection MH : édifice non protégé MH

Observations : Croix des ateliers Hernot. Exemple de production atypique et tardive de cet atelier. L'étude est souhaitable.

 

 

 

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