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Blog géopolitique de D. Giacobi

LES ZOOS HUMAINS AU 19ème SIECLE : Les zoos humains, expositions ethnologiques

Il y a un peu moins de deux siècles, le 29 décembre 1815, la Vénus hottentote, de son véritable nom Saartjie/Sarah Baartman, mourait en France après avoir été exhibée à Londres et à Paris pendant plusieurs années. Elle inaugurait le long cycle des zoos humains, au carrefour de la science et du spectacle. Le 25 février 1836, Phineas T. Barnum inventait un nouveau genre avec Joice Heth, celui de l'exhibition à grande échelle des ethnic shows. 40 plus tard, en 1874 en Allemagne, à Hambourg, Karl Hagenbeck, revendeur d'animaux sauvages et futur promoteur des principaux zoos européens,  professionnalise l'ensemble, passant de l'individu à la troupe au milieu d’animaux, puis au village reconstitué, il propose sa première attraction en septembre 1875 en exhibant des Samoa et des Lapons comme populations « purement naturelles » auprès des visiteurs avides de « sensations ». Le succès de ces premières exhibitions le conduit, dès 1876, à envoyer un de ses collaborateurs au Soudan égyptien dans le but de ramener des animaux ainsi que des Nubiens pour renouveler l'« attraction ». Ces derniers connurent un succès immédiat dans toute l'Europe, puisqu'ils furent présentés successivement dans diverses capitales comme Paris, Londres ou Berlin. Pendant près de 60 ans, la mode est aux zoos humains, avec leur centaine de millions de visiteurs (dont cinquante millions pour la seule Exposition universelle de 1900 à Paris) et plus de 30 000 indigènes exhibés dans une trentaine de pays à travers le monde, le phénomène va captiver l'Occident. Il va quasi disparaître en quelques mois entre la fin 1931 et 1934.

NICOLAS BANCEL  a étudié ces expositions ethnologiques ou villages nègres , véritables zoos humains, qui se multiplient fin 19èS. La réussite de Hagenbeck, a, sans aucun doute, influencé Geoffroy de Saint-Hilaire, directeur du Jardin d'acclimatation, il décide d'organiser, en 1877, deux « spectacles ethnologiques », en présentant des Nubiens et des Esquimaux aux Parisiens. Le succès est foudroyant. La fréquentation du Jardin double et atteint, cette année-là, le million d'entrées payantes... Les Parisiens accourent pour découvrir ce que la grande presse qualifie alors de « bande d'animaux exotiques, accompagnés par des individus non moins singuliers ». Entre 1877 et 1912, une trentaine d'« exhibitions ethnologiques » de ce type seront ainsi produites au Jardin zoologique d'acclimatation, à Paris, avec un constant succès. De nombreux autres lieux vont rapidement présenter de tels « spectacles » à l'image des Expositions universelles parisiennes de 1878, de 1889 (dont le « clou » était la tour Eiffel) - un « village nègre » et 400 figurants « indigènes » en constituaient l'une des attractions majeures - et celle de 1900, avec ses 50 millions de visiteurs et le célèbre Diorama « vivant » sur Madagascar, ou, plus tard, les Expositions coloniales, à Marseille en 1906 et 1922, mais aussi à Paris en 1907 et 1931.

La mécanique coloniale d'infériorisation de l'indigène par l'image se met alors en marche. La preuve est là, sous nos yeux : ils sont des sauvages. Le darwinisme social, vulgarisé et réinterprété par un Vacher de Lapouge au tournant du siècle, trouve sa traduction visuelle de distinction entre « races primitives » et « races civilisées » dans ces exhibitions à caractère ethnologique sans que les journalistes ne protestent contre le sort fait à ces acteurs pitoyables.

 

 






















 





L'usage des "zoos humains" 
ne se limita au 19ème siècle.
Malgré la contribution de la main d'oeuvre coloniale à l'effort de guerre et leur participation à la défense du pays durant la 1ère Guerre mondiale, en 1931, alors que la France commence à être touchée par la récession mondiale, l'Empire colonial est considéré comme un atout de la France pour échapper à la crise.  L'EXPOSITION COLONIALE DE 1931 devait rappeler l'importance de l'Empire pour la Nation.
Parmi les animations multiples les zoos humains sont de retour , notamment un village de Canaques Canalas néo-calédoniens.





Point de vue :
Les "zoos humains" sont-ils de retour ?
par Pascal Blanchard et Olivier Barlet (LE MONDE, 27.06. 2005)

(Olivier Barlet est président de l'association Africultures. Pascal Blanchar est historien et dirige l'agence culturelle Les Bâtisseurs de mémoire.)

Ces dernières années, on assiste à quelques tentatives de reproduction de ces spectacles grand public et racistes. En avril 1994, c'est par exemple un "Safari parc" en Bretagne près de Nantes (90 ans après le passage d'un village nègre dans la ville), puis ce fut un "village Massaï" en Belgique (grand spécialiste du genre depuis l'exposition de Tervuren de 1897), suivi en 1996 d'une exhibition de Pygmées (une autre spécialité locale) ; et voici que l'Allemagne, inventeur du "genre" en l'ayant professionnalisé dans le dernier quart du XIXe siècle, revient sur ces "spectacles"... Le 12 juin 2005, après quatre jours de succès, le dernier (en date) des zoos humains vient de fermer ses portes à Augsburg, en Allemagne. Institué "African village", celui-ci s'est offert au regard passionné des visiteurs à l'intérieur du zoo municipal.

Si quelques articles ont dénoncé outre-Rhin le "spectacle" ­ notamment le Spiegel et le quotidien TAZ (Tageszeitung ) ­ et si quelques réseaux de chercheurs ont tenté de prévenir l'opinion, il faut noter ­ comme en France et en Belgique qu'aucune réaction gouvernementale n'est venue troubler l'exhibition. De son côté, la directrice du zoo (le docteur Barbara Jantshke), comme ses aînés scientifiques de la fin du XIXe siècle, est très fière d'avoir pu contribuer " à mieux faire connaître les Africains " aux visiteurs.

Et voilà quelques centaines de visiteurs, dont beaucoup d'enfants, qui comme les millions de visiteurs associeront plus facilement les Africains au monde de la nature qu'au monde de la culture.

En France, cette histoire des zoos humains est revenue par deux fois dans l'actualité récente. Quand il s'est s'agi de rendre les "restes" du corps de Saartjie Baartman à l'Afrique du Sud au cours de l'été 2002 et, en 1998, lorsque Christian Karembeu a refusé lors de la Coupe du monde de football de chanter La Marseillaise, en souvenir de son ancêtre exhibé en 1931 au bois de Boulogne à l'occasion de l'Exposition coloniale.

Au Théâtre : « Cannibale » de Didier Daeninckx, « le train fantôme du racisme ordinaire », la pièce jouée en novembre 2007, évoque la venue des Canaques néo-calédoniens lors de l’Exposition de 1931.

http://www.sudplanete.net/index.php?menu=arti&no=6733

 

l Histoire de la Vénus hottentote :

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-31303472.html

Grâce aux travaux fondateurs de Joël Dauphiné, au roman de Didier Daeninckx, Cannibale (Verdier, 1998), puis à l'ouvrage collectif Zoos humains (La Découverte, 2002) et au film qui a suivi pour Arte l'opinion française a alors pris conscience du phénomène et de son ampleur.

Aujourd'hui, accepter ces exhibitions, c'est accepter que, dans un même mouvement, nos enfants croisent le regard du singe, celui de la girafe... et celui du "Nègre". Et beaucoup n'arrivent pas à mesurer ce que cette posture révèle de notre inconscient collectif. Les zoos humains ont rempli une mission : construire une frontière invisible, mais tangible, entre "eux" et "nous".

 

 

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OmniTech Support Reviews 10/09/2014 14:20

Human zoos, ethnological exhibitions is one of the greatest collection of the remains of humans and ancestors that is important in studying the evolution and movements. I hope i could visit this place once.

Pugibet vetea 28/03/2013 20:14

Bonjour Monsieur,

Le CRDP de Polynésie française publie dans 3 semaines un manuel scolaire d'histoire destiné aux élèves de CM1.
Une partie des chapitres parle de la colonisation et nous aurions besoin des visuels suivant :
- la conquête de la Namibie par les allemands "Le petit journal 1904",
- couverture du cahier scolaire vers 1900 "Les Colonies Françaises",
- construction d'une voie ferré à Daho (7cm x 5cm)

Nous vous demandons l'autorisation de pouvoir utiliser ces trois visuels.
Les dimensions de ces visuels sont pour le premier de (15cm x 12 cm), pour le deuxième (8cm x 6cm), pour le troisième (7cm x 5cm).

Pourrions-nous avoir une réponse rapide.

Cordialement, Vetea Pugibet

skapale 02/12/2011 21:05

merci beaucoup pour cet eclairage sur cette partie d ombre...je suis a santiago au chili et c est ici que j ai appris cet inhumanité d exposition...!! par un spectacle de la cie de teatre la
Patogallina, le voyage d un jeune de la tribu Selk nam de la terre de feu qui fut embarqué pour l exposition universelle de Paris...
http://www.youtube.com/watch?v=L3tzv7MzZuA
un spectacle tres fort en emotion qui retrace la vision du peuple originaire et parle de cet etrange partie de l homme conquistador..