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Blog géopolitique de D. Giacobi

DES POILUS PACIFISTES :

Un certain nombre de poilus ont clairement exprimé des positions pacifistes dénonçant les méfaits de la guerre. Prenons quelques exemples parmi ceux qui étaient encore survivants après 2000.

 


Des poilus qui dénoncent la guerre

 

Frank Buckles encore en vie aujourd'hui rencontra le Secrétaire d’Etat à la Défense de George Bush puis de Barack Obama, Robert Gates. Interrogé par un journaliste sur la 2nde Guerre d’Irak, il répondit : « Je ne suis pas un expert, mais je ne suis pas pour une guerre à moins qu’il n’y ait urgence ».

 

Harry Patch mort le 25 juillet 2009 avec son détachement de mitrailleurs, qui comptait cinq soldats, avait fait le serment d'éviter, si possible, de tuer un combattant ennemi, mais au contraire de viser les jambes car disaient-ils, malgré l’uniforme tous le combattants restaient des hommes. Le 22 septembre 1917, un obus avait explosé au-dessus de sa tête, tuant trois de ses camarades. Grièvement blessé par un éclat, Harry Patch avait été renvoyé chez lui après quatre mois dans les tranchées. Des atrocités de 14-18, il avait gardé un pacifisme militant, qualifiant la guerre de "crime organisé".Ce vieil homme, chrétien pratiquant, donna un témoignage fort en 2003 en participant à une émission télévisée en Grande-Bretagne. Il décrivit son face-à-face avec un soldat allemand. Il s’était alors souvenu, raconta-t-il de l’un des Dix Commandements disant : « Tu ne tueras point » et il décida de tirer une balle dans la jambe du soldat allemand et une dans sa cheville, sans lui donner la mort. « J’avais environ cinq secondes pour décider. Je l’ai mis à terre, mais je ne l’ai pas tué. » Ce témoignage émouvant a beaucoup touché la communauté chrétienne au Royaume-Uni. Après l'armistice, il travailla en tant que plombier jusqu'à sa retraite au début des années 1960. Il avait repris du service lors de la Seconde Guerre mondiale, mais cette fois-ci en tant que pompier dans des camps militaires. Marié, et veuf, à deux reprises, il a laissé deux enfants. L'année dernière, le 11 novembre 2008, Harry Patch, Henry Allingham et Bill Stone, dernier marin survivant de ce conflit, avaient assisté aux cérémonies marquant le 90ème anniversaire de la fin de la guerre. Les trois vieillards fragiles dans leurs fauteuils roulants avaient déposé des brassées de coquelicots au pied du Cénotaphe de Londres. Harry Patch déclarait alors : "Il est important de se souvenir du conflit, des deux côtés. Quel que soit l'uniforme porté, on a tous été des victimes". 

Lors d'une précédente commémoration, en 2007, Harry Patch s'était dit très ému de "représenter une génération entière". "Aujourd'hui, ceci n'est pas pour moi. C'est pour les innombrables millions qui ne sont pas rentrés chez eux. Ce sont eux les héros. Il est important que nous nous souvenions de ceux qui ont perdu la vie, dans les deux camps", avait-il alors déclaré. "J'ai rencontré des gens du côté allemand, et nous partagions le même avis: nous nous sommes battus, ça s'est terminé et nous étions amis. .. Tous ces morts, toute cette souffrance "n'en valaient pas la peine", disait-il.

 

Henry Allingham mort dans son sommeil le 18 juillet 2009 à l’âge de 113 ans, après 80 ans de silence, avait passé la fin de sa vie à témoigner auprès des jeunes générations des souffrances de ses frères d'armes. «Il faut que tout le monde sache que les jeunes de 14-18 sont morts pour nous. Nous devons prier pour que cela ne se reproduise plus». En novembre 2007, le vétéran britannique s'était rendu au collège de l'Esplanade, où, à l'aide d'un interprète, il avait pu échanger avec les élèves. «  On était présents avec Jean-Jacques Delvaux. Henry Allingham avait rencontré les élèves, participé aux discussions. J'ai vraiment un grand respect pour cet homme, j'en garde un excellent souvenir. » «  Il prêchait la paix, Ça, c'est très important à retenir de lui. » L'homme avait été nommé citoyen d'honneur de la ville de Saint-Omer. Le souvenir de ce dernier témoin d'une époque restera gravé dans les esprits de ceux qui ont pu le rencontrer.

 

Louis de Cazenave mort dimanche 20 janvier 2008 à l'âge de 110 ans à son domicile de la Haute-Loire, à Brioude.  Devenu libertaire, il avait pris sa retraite en 1941, refusant ensuite les honneurs : "Certains de mes camarades n'ont même pas eu le droit à une croix de bois", expliquait-il au journal Le Monde dans un reportage en 2005. Il a tout de même eu la Légion d'honneur en 1999 .La guerre est "un truc absurde, inutile, que rien ne peut justifier, rien", disait l'ancien combattant.

Il voyait le patriotisme comme "un moyen de faire gober n'importe quoi" et racontait ses souvenirs noirs du Chemin des Dames. "Il faut avoir entendu les blessés entre les lignes. Ils appelaient leurs mères, suppliaient qu'on les achève. C'était une chose horrible. Les Allemands, on les retrouvait quand on allait chercher de l'eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez", racontait-il.

Pourquoi a-t-il survécu là où tant sont morts ? Le hasard, disait-il. "Le hasard des tirs veut que je sois encore là alors que je pourrais être ailleurs depuis longtemps".

 

Lazare Ponticelli, Quand en août 1914, les nations européennes jettent sur les champs de bataille des millions de jeunes hommes, Lazare l'Italien s'engage au 1er  régiment de la Légion étrangère en mentant sur son âge. «J'ai voulu défendre la France, parce qu'elle m'avait donné à manger. C'était une manière de dire merci», expliquait-il encore il y a quelques mois. Envoyé sur le front de l'Aisne, il retrouve son frère Céleste. Le garçon fait preuve d'un courage exemplaire. est affecté près de Verdun en mai 1915, Lazare le «rital» est soudain démobilisé. L'Italie vient à son tour d'entrer en guerre et en vertu d'un accord entre les deux pays, la France doit renvoyer tous ses combattants italiens vers leur patrie d'origine. Le jeune homme entame alors sa deuxième guerre, au sein de l'armée transalpine. Lazare est affecté parmi les chasseurs alpins, les «Alpini», face aux Autrichiens. «Beaucoup de mes camarades du Tyrol italien parlaient allemand. Alors nous nous sommes mis d'accord pour cesser les combats». Au moment où Français et Allemands fraternisent dans les tranchées de Verdun, lui organise des patrouilles communes entre ennemis d'hier dans les Alpes. Le commandement italien sanctionnera sa compagnie en l'envoyant combattre une unité d'élite en Slovénie. Lazare y sera gravement blessé avant d'être démobilisé en 1920 et de rentrer en France.

De son vivant, Lazare avait toujours refusé de participer aux cérémonies officielles. Chaque 11 Novembre, il se rendait simplement à pied au monument aux morts du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), en souvenir des camarades qui avaient laissé leur peau dans les tranchées. En 2005, le Haut Conseil de la mémoire combattante, présidé par le chef de l'Etat, alors Jacques Chirac, décidait d'organiser des "obsèques de portée nationale" pour le dernier combattant de la Grande Guerre. Il avait notamment été évoqué de faire reposer le corps au Panthéon. Lazare Ponticelli s'était montré hostile à l'idée de ce privilège posthume. "Les autres, on n'a rien fait pour eux. Ils se sont battus comme moi. Ils avaient droit à un geste de leur vivant... Même un petit geste aurait suffi", bougonnait-il encore, au Monde, en novembre 2007.

Après la mort de Louis de Cazenave, Lazare Ponticelli, resté seul, avait infléchi sa position mais posé des conditions. Il avait accepté l'idée d'une cérémonie officielle aux Invalides. "Uniquement sous forme d'une messe", se souvient Jean-Luc Laurent, le maire du Kremlin-Bicêtre, qui avait noué des liens amicaux avec son plus vieil administré. Sa fille avait porté ce consentement paternel au secrétaire d'Etat chargé des anciens combattants, Alain Marleix, le 13 février. Il avait été décidé en commun du programme. Le matin, un office religieux, en présence de légionnaires et de soldats italiens auprès desquels Lazare Ponticelli avait successivement combattu.

Lazare Ponticelli est mort mercredi 12 mars 2008 à 110 ans au domicile de sa fille au Kremlin-Bicêtre, près de Paris. Le président Sarkozy, le gouvernement, les principales personnalités de l'Etat ont assisté à une messe solennelle dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides le 17 mars. À 12 h 45, le cercueil, porté par onze légionnaires du 3e régiment étranger d'infanterie (l'héritier du régiment de Légion dans lequel s'était engagé Lazare Ponticelli à 16 ans) et encadré de quatre pionniers barbus, quittait la cour d'honneur de l'Hôtel des Invalides. Il venait de recevoir les honneurs militaires L'académicien Max Gallo lui aussi d'origine italienne, a trouvé les mots justes pour clore une vie à la fois simple et immense : Lazare Ponticelli « nous rend fiers par toute sa vie d'être son frère humain. Parce que son destin se dresse contre l'égoïsme, la facilité, la soumission, le désespoir, c'est un appel à la volonté, à la solidarité, à la modeste grandeur de l'homme, à l'héroïsme quotidien ». Les honneurs militaires ont été rendus à la dépouille dans la cour principale des Invalides en présence du ministre italien de la Défense et d'un détachement du 3e régiment d'Alpini au chapeau de feutre surmonté d'une plume d'aigle." Il ne s'agit pas d'obsèques nationales mais d'un hommage à l'ensemble des combattants, assure cependant Alain Marleix. Nous avons respecté à la lettre les volontés exprimées  Lazare Ponticelli n'en finissait pas de témoigner de son passage sur les champs de bataille d'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire. «Au nom de mes camarades morts dans cette horreur de la guerre et auxquels j'ai promis de ne jamais les oublier», expliquait-il encore à l'occasion de la célébration de ses 110 ans en décembre à la Cité de l'immigration.

 

Ce pacifisme militant s’exprima très tôt aux lendemains de la 1ère  Guerre mondiale au travers des débats autour de la célébration du 11 novembre.

 

Débats de poilus autour du 11 novembre

 

 En 1921, la Chambre bleu horizon, plus soucieuse en l'occurrence de travail que de patrie, reporte au dimanche 13 novembre la commémoration de l'armistice. Ce fut un tollé général chez les anciens combattants, qui boycottèrent les manifestations officielles et imposèrent la loi du 24 octobre 1922 décrétant le 11 Novembre fête nationale.

 Les commentaires de l'époque sont explicites : les combattants ont imposé la transformation de leur fête en fête nationale. Et c'est leur fête, doublement : parce que c'est eux qui ont gagné la guerre et non les pouvoirs publics,

et parce qu'ils en sont sortis vivants.

C'est ce que proclament, par exemple, les Mutilés des Hautes-Pyrénées, dans une affiche placardée pour le 11 Novembre 1921 : «NOTRE FÊTE, celle de l'armistice, est bien le 11 novembre ! Notre dignité nous impose de rendre hommage à nos chers morts au jour anniversaire où l'infâme tuerie cessa ! »  L'année suivante, dans une autre affiche, les mêmes déclarent : « S'il est vrai que ce matin du 11 novembre 1918 fut notre seul jour de bonheur… On a gagné et on est vivant : quelle délivrance... mais à quel prix ! »

  L’armée n'est pas honorée, elle n'est pas même reconnue. S'il fallait une confirmation de cette unanimité, on la trouverait dans un article du directeur du Journal des mutilés, le plus important organe de la « presse combattante », le seul vendu dans les kiosques, comme son successeur actuel : « Ce qui importe enfin, c'est que la fête du 11 novembre soit dépourvue de tout apparat militaire. Ni prise d'armes, ni revue, ni défilé de troupes. C'est la fête de la paix que nous célébrons. Ce n'est pas la fête de la guerre. » (14 octobre 1922 ).

 

Quelques monuments pacifistes:

"Les pierres rebelles"


(D’après Le Monde : 11 novembre 1995, Gilles Paris et Antoine Prost)

Elles sont rares. Une dizaine, tout au plus. Une dizaine de pierres sur 36 000. Une dizaine, qui disent la révolte et le dégoût de la guerre, le pacifisme s'explicite moins par l'iconographie que par les inscriptions.  Ces monuments pacifistes sont trop rares pour qu'on en fasse un type distinct; du moins incarnent-ils l'horizon vers lequel tendent les monuments purement funéraires, en l'absence de justification patriotique.  Les monuments pacifistes les plus connus sont :

l Le monument de Levallois-Perret (Hauts de Seine), qui suscita toute une polémique, car on prétendait y voir un mutin de 1917 fusillé : le mutin n'est guère identifiable ; en revanche, un ouvrier y brise incontestablement une épée, allégorie du prolétariat brisant la guerre.




























l
A Equeurdreville  (Manche) « Que maudite soit la guerre ! »,


l
A  Gy-l'Evêque (Yonne) :              « Guerre à la guerre »,


 
l A Pouilly-Lès-Feurs (Loire) « frères d’arme ».

 

l A Peronne (Somme) le monument  de Paul Auban –1922 - : La mère qui crie vengeance pour la mort de son fils a pour l'auteur du monument la signification d'un geste de haine pour les Allemands. Mais, pour une partie de la population, le sens du monument est pacifiste : c'est à la guerre et a ses horreurs que la mère tend le poing.

 



l
Le 22 janvier 1922, le conseil municipal de Gentioux (Creuse), dirigé par un maire SFIO, Jules Coutaud, adopte son projet de monument aux morts. Il prévoit, à côté de la stèle qui porte les patronymes des 63 victimes regroupées par hameaux, la statue en fonte peinte d'«un enfant montrant d'un geste les noms des morts regrettés de la commune et l'apostrophe: Maudite soit la guerre ! », inscrite à même le socle de pierre. Le geste sera un poing brandi.

 












































l
Quelques années plus tard, dans une autre petite commune, celle de Saint-Martin-d'Estréaux (Loire), à l'initiative d'un maire pacifiste, Pierre Monot, une très longue et très intéressante inscription moralisatrice condamnant la guerre est gravée au dos du monument aux morts où figurent, en médaillons, les photographies des soldats tombés au combat. Cette inscription est en triptyque. On peut lire au centre sur la pierre blanche souillée, dans les années 30, par des activistes de la droite nationaliste exaspérés par ce vibrant appel au pacifisme : « Bilan de la guerre : plus de douze millions de morts ! Autant d'individus qui ne sont pas nés ! Plus encore de mutilés, blessés, veuves et orphelins. Pour d'innombrables milliards de destructions diverses. Des fortunes scandaleuses édifiées sur les misères humaines. Des innocents au poteau d'exécution. Des coupables aux honneurs. La vie atroce pour les déshérités. La formidable note à payer. « La guerre aura-t-elle enfin assez provoqué de souffrances et de misères ? Assez tué d'hommes... ? Pour qu'à leur tour les hommes aient l'intelligence et la volonté de tuer la guerre. »  Et la dernière ligne du panneau de droite est : « Maudits soient la guerre et ses auteurs!»   

 LE MONUMENT DE SAINT MARTIN DE FACE :


 LE MONUMENT DE SAINT MARTIN DE DOS :

DEUX DES INSCRIPTIONS DE SAINT MARTIN :


l
A Château-Arnoux (Alpes de Haute Provence)

 

è Singuliers et rebelles, les monuments aux morts de Saint-Martin-d'Estréaux ou de Gentioux n'en sont pas moins parfaitement inscrits dans la mémoire municipale. «L'erreur serait d'en faire le porte-drapeau de tous les pacifismes. Je ne suis pas sûr que la pensée des gens qui ont érigé le monument de Gentioux soit pacifiste à tout prix», assure le maire, Pierre Desrozier, qui vient d'obtenir l'inscription de l'ensemble commémoratif de sa commune à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques, au titre des lieux de mémoire. Le maire de Gentioux rappelle les trois résistants « morts au maquis » pour la patrie, pendant la dernière guerre mondiale, dont les noms ont été portés, à la Libération, sur les flancs de la stèle, avec ceux des trois soldats « morts à la guerre» pendant la même période. Attachée au seul souvenir de ses morts anciens, la petite commune de la Creuse reste d'ailleurs réticente, voire franchement hostile, aux manifestations qu'organisent, à l'occasion, les pacifistes désireux de faire du monument aux morts un symbole. Regroupés au sein de l'Association des amis du monument aux morts de Gentioux, les libres-penseurs, les anarchistes et les gauchistes limousins se gardent bien de se mêler aux cérémonies officielles de la commune auxquelles participent, non sans réticence, les autorités militaires, représentées ici par le poste de gendarmerie, comme celles de l'Etat, qui tiennent toujours un peu en suspicion la stèle et l'enfant accusateurs.

 

 

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