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Blog géopolitique de D. Giacobi

Enfant-martyr de Palestine, Mohammed Al-Dura : 30 septembre 2000

 

La « mort atroce » de l’enfant « martyr », tué par les « sionistes », est devenue une légende dans les pays arabo-musulmans, la véracité des faits dans leur totalité a été contestée.

Enfant- martyr : L’Affaire Mohammed Al Dura à travers le prisme de l’Histoire

Pierre-André Taguieff  qui a étudié ces fait compare ce « buzz » médiatique à celui  de Che Guevara. Le débat existe toujours et la toile foisonne d’interprétations contradictoires.

Enderlin b Mohammed al-DuraLe point sur cette affaire :

 

1. Les faits :

Le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim, aux abords de la bande de Gaza, le petit Mohammed Al-Doura étaitEnderlin a Mohammed Al Dura Sequence Enderlin c Mohammed al-Duratué par balle par un snipper israélien, dans les bras de son père Jamal, qui tentait de le protéger.

La scène bouleversante de l’agonie de ce jeune garçon filmé par le caméraman Talal Abu Ramah et commentée par Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, fait le tour du monde et dans le contexte du déclenchement de la 2ème  IntifadaGuerre des Pierres - provoque l’indignation de l’opinion internationale. Rappelons le commentaire fait par Charles Enderlin – qui n’était pas sur les lieux - à ces images :

Enderlin f Mohammed al-Dura« 15 heures. Tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim, dans la bande de Gaza. Les Palestiniens ont tiré à balles réelles, les Israéliens ripostent. Ambulanciers, journalistes, simples passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils sont la cible de tirs venus des positions israéliennes. Mohammed a douze ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes (…) Mais une nouvelle rafale. Mohammed est mort, et son père gravement blessé. »

Le président français Jacques Chirac, accueillant le 4 octobre 2000 le Premier ministre israélien Ehoud Barak à Paris, Mohammed al-Dura morta cru pouvoir lui lancer : « Ce n’est pas une politique de tuer des enfants ». Au moment des fait le président Bill Clinton déclara : « La première fois que j’ai vu cela, je ne savais pas comment cela s'était terminé, et je me suis demandé s’il y avait autre chose que le père pût faire pour protéger son fils.  J’ai regardé la scène comme s’il s’agissait de quelqu’un que je connaissais, vous savez. C’était un crève-coeur. »

Des manifestations ont lieu dans le monde. Une manifestation pro-palestinienne eut lieu à Paris, place de la République, le 7 octobre 2000, à l’appel de multiples associations (l’Union générale des étudiants de Palestine en France, le MRAP et la Ligue des droits de l’homme …) et de partis politiques (les Verts, LCR). Les cris « Mort aux Juifs ! » et « Juifs assassins ! » furent lancés. Des panneaux portaient l’image du « petit Mohammed » et de son père, sous le feu des soldats israéliens assimilés à des « assassins » et à des « nazis », par exemple une affiche proclamait : « Stop au terrorisme juif hitlérien !». C’était quelque chose de nouveau depuis la Libération en 1945. Plusieurs manifestations pro-palestiniennes en Europe portaient en tête de cortège un cercueil d’enfant.

  Enfant- martyr : L’Affaire Mohammed Al Dura à travers le prisme de l’Histoire

 

Très vite les autorités israéliennes soutenues par l’extrême droite mettent en doute la véracité des images et parlent de manipulation. Les images seraient « un montage partial à but propagandiste ». L’agence de presse israélienne MENA- METULA News Agency 2produit un documentaire de 20 minutes, « AL DURA : l’enquête », qui s’appuie sur les déclarations de Nahum Shahaf, physicien qui avait participé à l’enquête de Tsahal et met en cause la réalité des scènes filmées, il conclut à « une véritable mise en scène jouée par des acteurs ». En janvier 2003 le correspondant permanent de la MENA à Paris, Gérard Huber publie « Contre-expertise d’une mise en scène », qui reprend la thèse du documentaire. Stéphane Juffa, fondateur et directeur de Metula News Agency, affirme : « Cet incident est devenu la plus grande mise en scène de l’actualité de tous les temps, depuis qu’existe la télévision. Je ne sais pas qui a tiré sur Mohammed Al-Dura, et aujourd'hui encore, je l'ignore, et je ne sais pas si on le saura un jour. Mais je sais qui n’a pas tiré sur lui : les soldats de cette position israélienne n’ont pas tiré sur l’enfant. » 

 

2. La bataille judiciaire et médiatique en France :

En France cette thèse du complot a étayée par Media-Ratings - http://www.m-r.fr/ -, agence de notation des médias,  qui avait conclu : « le correspondant de France 2 à Jérusalem, Charles Enderlin, a effectivement diffusé un faux reportage ce 30 septembre 2000 ». Arlette Chabot, directrice de l’information de la chaîne publique française a alors engagé une procédure judiciaire de diffamation contre Média-Ratings et de son président Philippe Karsenty.

Dessin Plantu Aff Al DuraLe 19 octobre 2006 la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris a condamné Philippe Karsenty à des dommages et intérêts en faveur de France 2 et Charles Enderlin. Suite à l’appel de cette condamnation, la 11ème chambre de la cour d’appel de Paris a décidé un supplément d’information. Les rushes filmés par le caméraman palestinien sont visionnés et commentés par les deux parties lors de l’audience du 14 novembre 2007. Mais, sur les 27 minutes de rushes annoncées, France 2 n’en présente que 18, lesquelles donnent à voir des répétitions de mise en scène de fausses fusillades, avec de faux blessés, ce qui suffit à jeter le doute sur le sérieux du reportage. La dépêche de l’AFP du 14 novembre 2007 a fort bien caractérisé le point en litige: Al Dura faux 19 05 2013« Alors que le reportage se terminait sur une image de l’enfant inerte, laissant penser qu’il était mort à la suite des tirs, dans les rushes, on voit, dans les secondes qui suivent, l’enfant relever un bras. C’est un des éléments qui poussent M. Karsenty à affirmer qu’il y a eu mise en scène » . Contrairement aux affirmations de Charles Enderlin, les rushes ne contiennent aucune « image insupportable d’agonie d’enfant ». Les experts ont visionné les images tournées par France 2 et ont constaté l’existence d’au moins 3 autres cameramen d’autres médias - images présentées devant la cour d’appel de Paris le 27 février 2008 -, ce qui rend la thèse selon laquelle la mort du jeune Mohammed était « une mise en scène tournée par des acteurs »,difficilement envisageable. Cependant Philippe Karsenty a cité le rapport d’un spécialiste de balistique, Jean-Claude Schlinger, expert en Armes et Munitions près la cour d’appel de Paris et agréé par la Cour de cassation, intitulé Examen technique et balistique. Ses conclusions infirment la version de Charles Enderlin et de son cameraman: « Si Jamal et Mohammed al-Dura ont été atteints par balles, les tirs ne pouvaient techniquement pas provenir du poste israélien, mais seulement du poste palestinien PITA, ou de tireurs placés dans le même axe. » 

Finalement le 21 mai 2008 la 11ème  chambre d’appel de Paris déboute les accusations de diffamation de France 2 Livre Mohammed al-Douraet de Charles Enderlin à l’encontre du journaliste Philippe Karsenty. Laurence Trébucq (Présidente de la Cour d’appel de Paris,) affirme le droit de celui-ci à exercer de bonne foi son « droit de libre critique ». P. Karsenty par téléphone le 27 mai 2008 déclarait : « J’appelle la France une « petite U.R.S.S. » La différence, cependant, entre l’Union Soviétique et la France, c’est que les Soviétiques savaient qu’on leur mentait, alors que les Français croient qu’ils savent la vérité. »

Dans un article intitulé « L’honneur du journalisme », paru le 7 juin 2008 dans Marianne, l’historien Élie Barnavi s’est interrogé sur le silence des médias français à propos de ce tournant dans l’affaire al-Dura : « N’est-il pas étonnant que le Monde fut le seul organe de presse national à rendre compte [le 25 mai 2008] du procès devant la 11e chambre de la cour d’appel, gagné par Philippe Karsenty… »

L’arrêt du 21 mai 2008 a par contre provoqué la publication dans Le Nouvel Observateur, le 5 juin 2008, puis dans Le Monde des 8 et 9 juin 2008, d’un « Appel pour Charles Enderlin », daté du 27 mai 2008 et signé par de très nombreux professionnels des médias, où le journaliste de France 2 est présenté en martyr de la cause journalistique « professionnelle ». L’appel dénonçait « une campagne obstinée et haineuse qui s’efforce de salir la dignité professionnelle de notre confrère Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jerusalem… tentant de présenter comme une "supercherie" et une "série de scènes jouées" , son reportage montrant la mort de Mohammed al-Doura.. » France 2 et Charles Enderlin décident d’entamer un recours en cassation.

Elie Barnavi, alors ambassadeur d’Israël en France,  reprend la thèse du complot anti-israélien et dans une tribune publiée dans l’hebdomadaire Marianne constate que « depuis que juifs et Arabes s’affrontent sur ce bout de terre, rien n’a eu un effet aussi dévastateur sur l’image d’Israël et de ses armes que la mort du petit Mohammed al-Doura, seule la tuerie de Deir Yassin, le 9 avril 1948, a eu des conséquences plus graves. » Selon lui Talal Abou Rahma, le cameraman d’Enderlin, serait un propagandiste au service de la cause palestinienne. Membre du Fatah, il n’a jamais caché son engagement politique. Quand il reçut un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura, il a déclaré à un journaliste : « Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple.»

Charles Enderlin répond à l’ambassadeur d’Israël une semaine plus tard dans les colonnes de Marianne 3 que des services policiers israéliens ont certifié que le caméraman Talal Abou Rahma n’est pas un propagandiste palestinien et n’est soupçonné d’aucune activité subversive anti-israélienne. Il met en avant que la scène a également été tournée par d’autres cameramen d’Associated Press et Reuters qui se trouvaient sur place. Il ajoute avoir présenté les images à un médecin légiste qui a conclu que les mouvements de l’enfant correspondaient à ceux d’une agonie 4.

Dernier rebondissement (http://www.telerama.fr/medias/affaire-al-dura-charles-enderlin-gagne-un-nouveau-proces,99619.php ) le  26 juin 2013 la Cour d'appel de Paris a condamné Philippe Karsenty pour diffamation à verser à Charles Enderlin une indemnité de 7 000€.

« La Cour d'Appel de Paris a confirmé le jugement du Tribunal correctionnel du 19 octobre 2006. Elle a condamné Philippe Karsenty pour diffamation à l'encontre de Charles Enderlin et France Télévisions à la suite de ses accusations infondées sur le reportage effectué sur la mort de Mohamed Al-Dura », annonce France Télévisions dans un communiqué. (lire notre interview : “Dans l'affaire Al-Dura, les faits tels que je les montre sont indiscutables”) et France 2 assigne l'accusateur en justice. En 2006, Philippe Karsenty  fait appel et est relaxé en 2008, une décision annulée par la Cour de cassation en 2012, puis renvoyée une nouvelle fois devant la Cour d'appel.

Cité par Le MondePhilippe Karsenty reste « serein » et n'a pas prévu un nouveau pourvoi en cassation. « Mon seul combat, c'est la vérité … ce reportage a été bidonné du début jusqu'à la fin. On le sait, tout le monde le sait ».

De son côté, Charles Enderlin a écrit sur son blog  : « Cet arrêt de la cour d'appel est très clair : les juges n'ont pas cru en la bonne foi de Monsieur Karsenty. ils ont totalement rejeté ses affirmations. La vérité est établie et ce n'est pas la sienne. Il faut espérer que tous ceux qui préfèrent les fantasmes à la réalité et participent à de telles campagnes de harcèlement de journalistes reçoivent et comprennent bien ce message envoyé par les juges. ».


3. La bataille judiciaire et médiatique à l’étranger (Israël et Allemagne ) :

 

Pourtant le doute reste à l’ordre du jour dans de nombreux médias. La 1ère chaîne nationale israélienne "Mabat Sheni" Mort de Mohammed al-Duraa diffusé le 7 mars 2008 « l’Affaire Al-Dura », un documentaire de Yoram Schiffer 5qui a enflammé les passions en Israël en reprenant la thèse de la scène jouée et démontrant médicalement que les blessures montrées par le père d’Al Dura sont antérieures à 2000.

En Allemagne  la cinéaste Esther Schapira, après sa première enquête de 2002,  « 3 balles et un enfant mort », en consacre un second, diffusé sur la Première Chaîne allemande ARD, le 4 mars 2009,  «L’enfant, la mort, et la vérité»6 où elle affirme que « tout cela n'était qu´une mise en scène, une manipulation médiatique. » Mme Schapira y présenta des indices qui l’amènent à conclure que Mohammed al Dura n’a été tué, ni par les Israéliens, ni par les Palestiniens, et qui tendraient à indiquer qu’il est peut-être en vie. Avec l´aide de Kurt Kindermann, expert célèbre en analyse biométrique du visage, elle affirme qu’à la place de Mohammed al Dura, c’est un autre enfant qui a été enterré, probablement Rami, son cousin.

Cependant en juillet 2008 la Haute cour de justice israélienne a rejeté un appel venant d’une association juridique de droite, Shurat HaDin, qui accuse Charles Enderlin d'avoir mis en scène la mort Mohammed al-Doura et visant à retirer la carte de presse de Charles Enderlin, journaliste de France 2. En première instance, un tribunal avait rejeté cette demande. La Cour suprême, siégeant en tant que Haute cour de justice, a confirmé cette décision. "Il n'y a pas lieu d'intervenir dans la décision de ne pas retirer la carte de presse", a indiqué la présidente de la Cour suprême Dorit Beinish, dans les attendus de l'audience. La plus haute instance juridique israélienne a toutefois souligné que sa décision "n'implique pas une prise de position concernant la fiabilité du reportage. »

 

4 - 19 mai 2013 : le rapport de la Commission gouvernementale d’enquête israélienne sur l’Affaire Al-Dura

 

En Israël le 19 mai 2013 a été publié le rapport de la Commission gouvernementale d’enquête israélienne sur l’Affaire Al-Dura dirigée par Yossi Kupwasser, directeur général du ministère des Affaires stratégiques et internationales. Le Premier Ministre Benyamin Netanyahou a déclaré qu’ « il est important de se concentrer sur cet incident – qui a calomnié la réputation d’Israël. Ceci est une manifestation de la campagne mensongère en cours visant à délégitimer Israël. Il n’y a qu’une seule façon de contrer les mensonges, et c’est par la vérité. Seule la vérité peut l’emporter sur le mensonge. »
Le problème est que la commission, convaincante n’a cependant pas démontré irréfutablement la vérité et remet en cause – 13 ans après les faits – la version israélienne des évènements. En remettant en cause la version officielle des faits, en montrant les incohérences dans la narration, en démontrant des falsifications et des manipulations, le gouvernement israélien veut affaiblir la crédibilité palestinienne générale concernant les « atrocités israéliennes ». Caricature opposee a Plantu

Selon Gil Mihaely « Pour Israël, il s’agit d’un véritable revirement car dans les jours suivant la diffusion du reportage, les officiers de l’état-major et du commandement du Front Sud avaient accepté la possibilité que des balles israéliennes aient pu accidentellement atteindre le garçon. » …« Aujourd’hui, après avoir examiné de façon exhaustive les éléments liés à l’affaire al Dura, la commission constate que les faits rapportés dans le reportage de France 2 sont sans fondements. C’est désormais la position officielle du gouvernement israélien. »

Selon Freddy Eytan ce rapport pose la question de la responsabilité de la presse internationale et son rôle dans le conflit palestino-israélien. Selon lui « il apparaît, en lisant attentivement les 37 pages du rapport et ses annexes, qu’il n’y a aucune preuve que Jamal al-Doura ou son fils Mohammed aient été blessés comme le présente le reportage de France 2, et encore moins que Tsahal ait été responsable de ces prétendues blessures. Plus grave encore, ce reportage de 27 secondes a été une        « source d’inspiration » et a servi à justifier le terrorisme, l’antisémitisme, et la délégitimation de l’Etat juif. Depuis lors, « les soldats de Tsahal sont désormais des tueurs à gage et des assassins d’enfants innocents. » « Les soldats juifs se comportent comme des nazis… » Dans cette affaire « montée de toutes pièces », la désinformation, la manipulation et le mensonge ont donc gagné et les chefs palestiniens, orfèvres en la matière, se réjouissent en se frottant les mains dans l’allégresse devant la colère et la frustration compréhensives des autorités israéliennes. »

Freddy Eytan pose la question de la vérification des sources et leur croisement, ainsi que celle du respect scrupuleux des standards de l’objectivité. Il rappelle le premier principe de la Déclaration des principes de conduite des journalistes adoptée par la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) : « le respect de la vérité et le droit du public à la vérité est le premier devoir du journaliste » qui « ne doit pas supprimer des éléments ou les falsifier » et doit en cas d’erreur immédiatement la rectifier. Le code éthique de la Société américaine des Journalistes professionnels souligne aussi la nécessité de croiser les sources et de les vérifier plusieurs fois. La Résolution 1003 sur l’éthique du journalisme adoptée par le Parlement du Conseil de l’Europe indique que la poursuite de la vérité doit être « faite avec les moyens appropriés de vérification et de preuve ».

Mais dans les pays démocratiques, il n’est pas nécessaire d’obtenir une licence ou un permis pour pouvoir exercer le métier de journaliste et certains tombent dans le piège de la manipulation exercée volontairement ou involontairement par les différentes sources, par des informateurs qui se trouvent sur le terrain ou par des politiques.

Selon Shmuel Trigano- à partir d’une tribune sur Radio J, le vendredi 24 mai 2013 – « Le récent rapport du Livre Taguieff Nvles propag antijuivegouvernement israélien sur l’affaire Al Dura vient confirmer, cette fois-ci de la part d’un État, que la mort de l’enfant Al Dura sous les balles de l’armée israélienne était un faux, en tout cas le produit d’une défaillance déontologique de la chaîne publique FR2. Et lorsque l’on connaît l’exigence des commissions d’enquêtes israéliennes, de telles conclusions peuvent être tenues pour crédibles. » Que cela ait pris 12 ans est un gage de crédibilité selon lui mais aussi la  démonstration de l’incapacité de la diplomatie israélienne dans la bataille de la désinformation et la guerre psychologique menée sur le plan mondial par les Palestiniens et leurs alliés. Il rappelle le rôle clé de Philippe Karsenty dans ce combat pour la vérité. Pour lui « la chose, si elle est énorme est tout à fait plausible, si l’on en juge à la lumière du passé, où il fut démontré que les chaînes de télévision françaises (et les autres !) pouvaient produire des faux… le « charnier » de Timisoara ! Mais ce faux, en l’occurrence, a engendré une histoire. Cette mort est devenue l’emblème d’une crise antisémite virulente dans le monde musulman. Ce fut le drapeau de l’Intifada et des « banlieues » d’Europe. Elle a redonné vie au mythe archaïque du crime rituel. La cruauté supposée d’Israël, accusé de « tuer des enfants » de façon préméditée, a nourri le « nouvel antisémitisme » dans le monde (rappelons nous le meurtre de Daniel Pearl au nom de Al Dura) et en Europe, jusqu’à inspirer à Merah le meurtre d’enfants juifs. » 7

 

Ces positions restent contestées,  par exemple sur son blog « PierreVX »8 publie le 20 mai 2013 un article nommé « Le mensonge: clé de voûte de l'oligarchie sioniste » dans lequel il écrit : « Dans un registre beaucoup plus grave l'affaire Al Dura, une caméra de France 2 filme par hasard en pleine rue le meurtre de sang froid du fils de Jamal Al Dura (lui même gravement blessé) par des snippers israéliens. Aujourd'hui encore des officines sionistes françaises relayées par l'essentiel de la presse française et le gouvernement israélien contestent l'évidence de cet homicide et crient au complot, sans pour autant apporter le moindre début de preuve. Depuis ce meurtre, des centaines d'autres du même type ont pourtant suivi sans jamais donné suite à des condamnations contre leurs auteurs juifs israéliens civiles ou militaires. Tuer de sang froid un arabe en Palestine est donc toléré de fait ! Le mensonge total et massif, un dénie de réalité collectif pour tenter de masquer l'abomination sioniste et le cortège d'atrocités sans fin qu'elle génère quotidiennement. »  

 

5. L’aura de Mohammed Al Dura dans le monde musulman

 

La « mort atroce » de l’enfant « martyr », tué par les « sionistes », est devenue une légende, un objet de culte dans les pays arabo-musulmans. Pierre-André Taguieff compare ce phénomène de « buzz » médiatique à celui  de Che Guevara, avec aussi les mêmes implications commerciales. La diffusion de ces images ainsi interprétées a eu des effets d’incitation au meurtre presque immédiats : Douze jours après les faits, le 12 octobre 2000 a lieu à Ramallah le lynchage de deux réservistes israéliens qui s’étaient égarés là et dont les corps ont été mis en pièces. La foule rugissait : "Vengeance pour le sang de Al-Dura!"

Dès octobre 2000 l’image-­choc du « petit Mohammed » est partout : à la télévision, dans les manuels scolaires, sur des timbres-poste - à l’effigie de M. Al Dura en Tunisie, en Égypte, en Iran et en Jordanie - ,

Timbre Jordanie Mohammed al DuraTimbre Tunisie Mohammed al Dura

des tee-shirts. Le nom d’Al Dura a été donné à des places au Maroc, au Mali – où la principale place de la capitale du Mali, Place Mohammed al-Dura Bamako capitale du Mali (Co) WikipedBamako, a été baptisée « place Mohammed al-Dura » et le gouvernement a fait ériger un monument reproduisant une image des al-Dura, le fils blotti contre le père - et à des rues dans un certain nombre de grandes villes dans le monde.

Le poète palestinien Mahmoud Darwich composa un poème engagé à la mémoire de cet « oiseau terrorisé par l’enfer tombant du ciel », qui « voudrait rentrer à la maison », mais qui « fait face à une armée » et « voit venir sa mort, inexorable ». Il affirme que le jeune garçon fut abattu par le « fusil du chasseur de sang-froid ». L’inspiration du poète est en accord total avec la propagande de l’autorité palestinienne. Le site officiel de l’université de Gaza, diffusait le message suivant: « Le meurtre du petit Mohammed al-Dura a été commis intentionnellement et de sang-froid. »

 Les représentations dessinées de la scène couvrent les murs du monde arabe.

Mohammed Al Dura dessin Mohammed Al Dura dessin Ben HeineMort De Mohamed Al dura bas-relief

Les chansons et les séquences télévisées à la gloire de Al-Dura reconstituant la scène de sa mort sous les balles israéliennes se  multiplient.

ShowImageLiban 2000 - Mon fils, de ton sang, le soleil se leve - Af

Environ un an après l’affaire, des combattants d’Al-Qaida enlevèrent le journaliste américain Daniel Pearl. Ils l’exécutèrent face à la caméra. Et tandis qu’ils l’exécutaient, était diffusée l’image de Mohammed Al-Dura. Sur la cassette on entendait  Pearl répéter mécaniquement : « Ma mère est Juive, mon père est Juif, je suis Juif, ma famille est pratiquante… » Durant l’année 2002, la vidéo de propagande réalisée par les islamistes pakistanais, ses assassins, fut Mondialement diffusée. Elle paraissait justifier l’assassinat sauvage et théâtralisé du « Juif Daniel Pearl », crime raciste, par le « martyre » du jeune musulman, Mohammed al-Dura, reconnaissable, en arrière-plan de la photo du journaliste avant son égorgement.

Exploitée par la propagande des islamistes radicaux, l’image du « petit Mohammed »-martyr Ogre Sharon co Independent.Co.UKa « sonné l’heure du Jihad mondial dans le monde musulman »  un an avant les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001. Cette image confirmait une des affirmations clés des dirigeants d’Al-Qaida, selon laquelle les Juifs et leurs alliés américains « tuent les musulmans » et  justifiait la mis en œuvre du « Jihad défensif » obligeant tout musulman à combattre les agresseurs de musulmans, les envahisseurs des « terres musulmanes » et  tous les « ennemis de l’islam ». Dans la société de communication planétaire, les images constituent des armes redoutables 7 car elles suscitent des sentiments de vengeance et favorisent le Jihad mondial. Al Dura et enfant de Varsovie Dans une cassette pour mobiliser des combattants, Oussama Ben Laden consacre une élégie à Al-Dura. Chaque passage du texte quasi-incantatoire  est suivi d'une détonation et le nom de Mohammed répété comme un refrain :

« C’est en vain que s’est dissipé ton jeune âge

Que tout dirigeant qui abjure à tes yeux,

qui ne prend part à la guerre,

soit une réprobation et une accusation (bis)

D’une distance de mille mots, il met en garde.

Oh, enfant, mort de la main des Juifs… »

Dans l’affaire al-Dura, contrairement par exemple, à l’affaire Dreyfus, le Juif accusé n’est pas un individu mais un être collectif : l’Etat d’Israël et les Israéliens représentés par leur armée criminelle, présentée en tant que tueuse d’enfants arabo-musulmans, mais aussi les « sionistes » en général .

 

6. L’Affaire Al Dura vue à travers le prisme de l’Histoire 9

Voir article :   Enfant- martyr : L’Affaire Mohammed Al Dura à travers le prisme de l’Histoire

 

Conclusion :

Alors que la « mort atroce » de l’enfant « martyr », tué par les « sionistes », est devenue une légende, un objet de culte dans les pays arabo-musulmans. Pierre-André Taguieff compare ce phénomène de « buzz » médiatique à celui  de Che Guevara, avec aussi les mêmes implications commerciales ; Stéphane Juffa, fondateur et directeur de Metula News Agency, affirme au contraire : « Cet incident est devenu la plus grande mise en scène de l’actualité de tous les temps, depuis qu’existe la télévision. Je ne sais pas qui a tiré sur Mohammed Al-Dura, et aujourd'hui encore, je l'ignore, et je ne sais pas si on le saura un jour. Mais je sais qui n’a pas tiré sur lui : les soldats de cette position israélienne n’ont pas tiré sur l’enfant. » 

Le débat reste ouvert et le net foisonne d’interprétations contradictoires.

 



7 http://www.pn5-news.com/?p=4772

http://www.france-palestine.org/Dessin-de-Plantu-L-Affaire-Al-Dura

http://www.causeur.fr/israel-al-dura-enderlin,22567#

http://www.desinfos.com/spip.php?article35899

http://www.terredisrael.com/infos/laffaire-al-doura-un-rapport-accablant-sur-la-desinformation-et-sur-une-deontologie-bafouee-et-meurtrie/

http://www.desinfos.com/spip.php?article36094

http://www.lessakele.com/article-l-affaire-dreyfus-de-l-antisionisme-118054117.html

http://www.desinfos.com/spip.php?article36088

http://israel-chronique-en-ligne.over-blog.com/le-crif-demande-une-commission-d%E2%80%99enqu%C3%AAte-sur-l%E2%80%99affaire-al-dura

http://www.guysen.com/fil-infos/affaire-al-dura-un-appel-manifeste-au-crime-rituel-qui-a-motive-mohamed-merah-a-toulouse-ministre-israelien-de-la-defense-moshe-yaalon/

http://ambisrael.fr/6102/publication-du-rapport-du-comite-dexamen-du-gouvernement-israelien-concernant-le-reportage-al-dura-de-france-2-ses-consequences-et-implications-3

 

 

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