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Blog géopolitique de D. Giacobi

GEOPOLITIQUE, LE CHOC DES MEMOIRES :Polémique autour du « Monument des libérateurs de Tallinn » en Estonie, 2006 – 2007 :

Suite de l'article :

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-geopolitique-memoire-et-histoire-le-choc-des-memoires-polemique-autour-du-monument-des-liberateurs-de-tallinn-en-estonie-2006-2007-51279906.html

 

III- LE CONTEXTE HISTORIQUE, BREVE HISTOIRE DE L’ESTONIE :

 

 

 (D’après  Bernard Le Calloc'h * )

Œ Les origines : Les Estoniens, d’origine finno-ougrienne, pour la plupart paysans, subirent à la fin du37964-drapeau-estonie XIe siècle l’invasion de Knut IV de Danemark et la conversion forcée au christianisme. Au XIIe siècle, l’Estonie fut conquise, partagée par les chevaliers Teutoniques et les Porte-Glaive allemands. C’est l’origine de la noblesse (les « barons baltes »).  Repris par le Danemark vers 1219, les Estoniens retombèrent sous la domination germanique à la suite du traité de Marienburg (1347), et cela jusqu’en 1559. Le luthéranisme s’étant imposé au xvie siècle, la Bible a été traduite en estonien, ce qui a permis de fixer la langue et favorisé l’éclosion d’une littérature nationale. Puis, l’emprise suédoise s’établit à la fin du XVIe s, fut reconnue en 1626 et matérialisée en 1660 à travers le traité d’Oliva. Lors des 20 ans de la guerre du Nord, le tsar russe Pierre le Grand, (1682-1725)  vainqueur des Suédois, fit la conquête de l’Estonie en 1710 confirmée au Traité de Nystad Coat of arms of Estonia svg(1721).

L’épisode libéral du XIXe siècle en Russie permit l’abolition du servage en 1816 en Estonie et, même si la langue este, jusqu’alors simplement parlée, reçut les règles qui en feront une langue nationale, la russification forcée de la fin du XIXe siècle, conduite par le tsar Alexandre III, s’appuyait sur les intérêts des barons baltes (200 familles allemandes possédaient 60 à 70 % de la terre), va violemment combattre l’aspiration à l’idée nationale et forcer plus de 500 000 Estoniens à s’expatrier, c’est-à-dire près de la moitié de la population.

  L’indépendance de l’Estonie :  Pendant la 1ère Guerre à la suite de la défaite du tsar et de la révolution bolchevique de 1917 l’invasion de l’Estonie par les Allemands ne s’effectua qu’en février 1918, à la demande des barons baltes essayant de se libérer de la terreur des soviets. Profitant des1918 decla indce à Parnu affrontements germano-soviétiques, le Conseil national proclama la république d’Estonie le 24 février 1918., l’armée estonienne rejeta les forces soviétiques hors de ses frontières. En novembre 1918, l’Allemagne ayant capitulé, suite au départ des troupes allemandes la Russie bolchevique, avec l’Armée Rouge organisée par Trotski tenta de reconquérir l’Estonie mais les Estoniens, soutenus par les Finlandais et par la flotte britannique en Baltique, s’y opposent. Au traité de Tartu le 2 février 1920 la Russie soviétique reconnaît l’indépendance de l’Estonie qui devient, avec les 2 autres républiques baltes, membre de la SDN.

Dès 1919, une réforme agraire a ôté leur pouvoir aux « barons baltes ». Une Constitution très libérale de type parlementaire fut promulguée en 1920. Son fonctionnement se heurta, d’une part, à l’absence de tradition  démocratique dans le pays, d’autre part, à la crise économique de la fin des années 1920. Une ligue à forte tendance fasciste menaça le pouvoir. Elle fut dissoute en mars 1934. Une nouvelle Assemblée constituante fut élue et adopta, le 17 août 1937, une Constitution à exécutif fort institua un régime autoritaire .

A la surprise générale le 23 août 1939 en présence de Staline, Molotov et le ministre nazi des affaires étrangères Von Ribbentrop signèrent à Moscou  le « Pacte de non agression germano – soviétique » , des clauses secrètes (dont l’existence ne fut reconnue par les soviétiques qu’à la fin des années 1980 par Gorbatchev) prévoyaient en cas de guerre entre l’Allemagne et la Pologne le partage de la Pologne entre allemands et soviétiques et l’occupation par Staline des 3 républiques baltes d’Estonie, Lettonie et Lituanie.  (Ces 4 Etats sont membres de la SDN).Hitler et Staline étaient devenus des alliés de fait.

Ž  Les annexions soviétique et nazie :

En application de ces Accords l’Estonie fut annexée par l’U.R.S.S. dès le 6 août 1940. Au début 1941, les opposants sont massivement déportés en Sibérie  et des exécutions massives du même ordre de grandeur que la Lettonie ont lieu.

cb Estonie carte§ Le 8 juillet 1941 les armées nazies, qui ont attaqué l'URSS le 22 juin, occupent entièrement l'Estonie. Elles n'y restaurent pas la république d'avant 1940 mais placent le pays sous leur tutelle, dans le cadre d'une nouvelle province du IIIe Reich qualifiée d'Ostland. Pour les Estoniens, le régime nazi, avec lequel la collaboration par réaction à l’occupation soviétique tourna vite court, ne tarda pas à déporter plusieurs milliers d'entre eux dans les camps de la mort pour nationalisme. Mêmes méthodes, mêmes brutalités, même terreur que les Soviétiques. En effet aux côtés du Führer se tenait un homme qui prêchait la reconquête des terres baltiques, le germano-balte Alfred Rosenberg, natif de Tallinn. Longtemps rédacteur en chef du Völkischer Beobachter, le journal des nazis, il était devenu le théoricien officiel du parti nazi. Dès que la Wehrmacht avait refoulé les Russes des pays baltes, il en avait été nommé le gauleiter, avec mission expresse de préparer l'annexion de toute la région au domaine allemand. Il n’était pas question d'accorder aux peuples baltes la moindre parcelle d'autonomie. Pour les responsables nazis il s’agissait d’étendre les frontières du Reich jusqu'au golfe de Finlande.  Dans cette obscurité la signature de la Charte de l'Atlantique, le 14 août 1941, vint apporter un rayon de lumière et d'espoir. Ce document capital ensuite adopté par toutes les nations coalisées contre Hitler, y compris par l’URSS, déclarait solennellement que les signataires « reconnaissent le droit de tous les peuples à choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils veulent vivre », ajoutant aussi que « ceux des peuples qui en ont été privés par la force se verront accorder à nouveau les droits de souveraineté et notamment celui d'avoir leurs propres lois ». Ceux qui voulaient résister à l'Allemagne pouvaient donc espérer qu'une victoire des Alliés serait suivie par un retour à l’indépendance. La Résistance nationaliste, à la fois anti-allemande et ami-soviétique , imprima clandestinement des exemplaires de la charte largement diffusés. Avec le temps la guerre qui s'éternisait aux portes du pays (Leningrad demeura assiégée jusqu'en janvier 1944), des maquis se constituent dans les régions de forêt, des groupes se cachent dans les villes et demeurent en liaison avec les organisations réfugiées en Suède et en Finlande. Comme en 1918 est créé en décembre 1943 un comité de libération nationale (comme de Gaulle à Alger en juin 1944 et Bénès en Tchécoslovaquie) constitué de représentants des anciens partis politiques, de diverses associations patriotiques dissoutes et du «groupe Uluots », du nom de Jüri Uluots,juriste réputé, membre dirigeant du parti agrarien et ami personnel du président Päts ; il fut le dernier 1er ministre de l'Estonie indépendante, désigné en octobre 1939 par le président Konstantin Päts pour apaiser le Kremlin mais chassé de son poste en juin 1940 par les putschistes communistes.

Le 23 juin 1944, alors que les nouvelles en provenance du front de Norvège confirment le succès des Alliés, et que l'Armée rouge se rapproche chaque jour un peu plus du territoire de l'Estonie, le gouvernement clandestin franchit un pas décisif. Il diffuse une « Déclaration au peuple estonien » dans le double but de se faire connaître et reconnaître, mais aussi de rassurer la population de plus en plus inquiète. Il s'agit de démontrer que la Résistance existe bel et bien et qu'elle n'est en aucune façon au service du communisme. Tout comme le Conseil national l'avait fait en février 1918, il est de la plus extrême importance que les Estoniens prennent en main leur propre destin à l'instant même où les occupants étrangers quitteront le pays, de manière à prévenir si possible le retour en force de l'autre ennemi. C'était prouver aux Alliés occidentaux et singulièrement à l'Amérique de Roosevelt que l'on avait entendu et compris le message de la Charte de l'Atlantique et que l'on souhaitait s'y conformer. Mais ce qu’ils ignoraient, c’est qu’à la conférence de Téhéran fin novembre 1943, Roosevelt, l'avocat inlassable de la démocratie, dans un moment de lassitude et d'incompréhension, laissait en fait, sinon en droit, carte blanche à Staline pour réoccuper les pays baltes.

Pendant cinq jours, du 17 au 22 septembre 1944, l'Estonie retient son souffle, dans le vaste dispositif militaire qui couvre depuis le début de l'été toute l'Europe du Nord, l'Estonie semble avoir été oubliée. Elle constitue un vide au milieu du tumulte assourdissant des armes et de l'affrontement gigantesque qui oppose les Soviétiques aux Allemands. Le gouvernement provisoire met cette pause à profit pour tenter de reconstituer une armée nationale avec les déserteurs estoniens de la Wehrmacht, avec les combattants du front de Finlande qui rentrent en masse, avec les recrues des mobilisations successives qui ont eu lieu, avec les réfractaires, maquisards et partisans sortis de la clandestinité. Plus de 50 000, peut-être 60 000 hommes, sont ainsi rassemblés, malheureusement pauvrement armés et équipés. Certains de ces soldats sont aguerris par les combats menés contre les Rouges en Finlande et aux abords de l'Estonie. Mais la grande masse sait à peine manier un fusil et n'en a même pas toujours. Chacun sent bien que le sort du pays se joue dans ces jours cruciaux et qu'il faut essayer de gagner les Soviétiques  de vitesse en les mettant devant le fait accompli d'un pays ayant recouvré ses institutions, son gouvernement, sa police et son armée, capable de s'opposer par la force à une nouvelle invasion.

Pendant cinq jours, du 17 au 22 septembre 1944, le drapeau tricolore bleu-noir-blanc a été hissé tant à Tallinn que dans la province. Le blason « à trois léopards passants d'azur sur fond d'or » est rétabli, ainsi que l'hymne national du poète Jannsen. Un gouvernement présidé par Otto Tief, ancien député à l'Assemblée Nationale, ancien ministre fut constitué dans le plus strict respect des règles constitutionnelles. Il a lancé un appel solennel au gouvernement soviétique pour qu'il reconnaisse dès à présent l'indépendance de la république estonienne. Cet appel a été lu à la radio et répété plusieurs fois. La nouvelle armée nationale fut capable d’interdire l'accès du port de Tallinn aux éléments allemands en retraite et désireux de s'y embarquer au plus vite. Plusieurs services administratifs, comme ceux du ravitaillement, de la santé publique, du logement, des communications, tentent de se réorganiser au milieu du désordre car les Soviétiques ont bombardé les principales villes et les installations portuaires. Les Allemands, en se retirant, ont coupé les ponts, pillé les magasins, miné les routes, fait sauter les installations industrielles. Par dizaines de milliers les réfugiés essaient de gagner la Suède toute proche qui, en raison de sa neutralité, demeure en dehors du conflit. Il n'y a que 190 kilomètres à travers la mer Baltique jusqu'à l'archipel de Stockholm, et 160 kilomètres jusqu'à la pointe orientale de l'île de Gotland. Le spectacle qu'offre alors l'Estonie rappelle à ceux de la vieille génération la période des combats de la guerre d'indépendance de 1918-1919, au cours de laquelle les Allemands et Russes s'affrontaient déjà sur son sol à coups de canon, ne laissant partout que ruine et désolation.

MAIS le 3 octobre 1944, les dirigeants communistes rentrent de Moscou dans les fourgons de l'armée russe pour prendre possession de l'Estonie « libérée ». Ils font penser aux gauleiters nazis, ils se comportent comme eux, chargés d'administrer un territoire conquis. À leur tête, Johannes Vares-Barbarus, symbole vivant de la félonie, ils font hisser le drapeau rouge et jettent aux ordures le drapeau national, ils entreprennent la chasse aux résistants qui tentaient de restaurer la république « bourgeoise ». Uluots a pu s'échapper à temps et gagner la Suède, où il mourra en 1945. Le chef du gouvernement de libération, Otto Tief, réfugié dans une ferme où il prend part aux travaux des champs pour mieux passer inaperçu, est rapidement arrêté par des militaires russes, le 10 octobre, peu après traduit en justice et condamné par un tribunal russe à dix années de bagne, en vertu du célèbre article 58, paragraphe premier, qui invoque la « trahison envers la patrie », et dont Soljénitsyne a montré la perversité dans son livre L'archipel du Goulag.  Ses collègues du gouvernement connaissent un sort analogue et reçoivent des peines équivalentes. Ils sont envoyés bientôt en Sibérie ou au Kazakhstan et connaîtront les affres de la déportation. Une formidable chape de plomb s'abat sur l'Estonie qui disparaît de la carte de l'Europe en tant qu’Etat indépendant tandis que des dizaines de milliers de condamnés ou de suspects sont envoyés dans les camps du Goulag.

è La tentative désespérée du Comité national estonien de libération a duré 120 heures. Elle n'a pas réussi à attirer l'attention de l'étranger. Elle s'est déroulée, sinon dans l'indifférence, du moins dans l'ignorance. Même la presse suédoise, la mieux informée sur l'Estonie en raison du nombre des réfugiés a relativement peu parlé de cet événement. Cela tient à l'importance des autres événements de la guerre, notamment par ceux de Pologne car au même moment survient l'insurrection de Varsovie et son écrasement par les nazis devant l'armée rouge qui assiste au massacre en spectateur. L'attention du monde entier est alors fixée par la tragédie dont la Pologne est à nouveau le théâtre. Les Alliés occidentaux mesurent soudain, ou plutôt enfin, l'indicible duplicité de Staline. Il n'est plus question de la Charte de l'Atlantique ni du droit des peuples à l'auto-détermination. La guerre froide vient de commencer, alors que la guerre sanglante n'est pas même achevée.  Si le monde démocratique conserva toujours le souvenir du sacrifice des hommes du général polonais Bor-Komorowski, il n'apprit jamais celui des Résistants estoniens. L'historiographie soviétique va aussitôt travestir la réalité, transformer l'agression délibérée en guerre de libération et nier obstinément pendant plus de 50 ans l'existence même d'une résistance nationaliste comme elle nia jusqu'en 1991 l'existence de l'accord secret passé avant la guerre avec Hitler, qui livrait à Staline les trois États baltes ?

è Comme dans les autres pays baltes, après la défaite allemande ce fut  une nouvelle invasion soviétique en 1944 : l’Estonie fut à nouveau annexée par Staline, de nouvelles déportations affectent la population d’Estonie qui devint une des 15 républiques socialistes soviétiques formant l’URSS.

  § L’ONU n’a jamais reconnu cette annexion des 3 républiques baltes qui étaient théoriquement membres de l’ONU.

La doctrine de soviétisation imposée par Staline comportait trois éléments :da 070428TallinnSdeBronze6

 Un apport massif de population russe dans les pays baltes, la minorité de langue allemande est expulsée vers l’Allemagne ;

‚ des persécutions religieuse et politique, l’élimination systématique de toute identité balte.

ƒ Les déportations massives s’abattirent sur les trois pays : 550 000 Lituaniens, 200 000 Lettons, 60 000 Estoniens. Ces effets conjugués aboutirent à une érosion de la population balte, plus sensible toutefois en Lettonie et en Estonie qu’en Lituanie. En dépit de la chape de plomb que fait peser la soviétisation à outrance, des sursauts de volonté nationaliste ont lieu sporadiquement.

La RSS ayant été reconstituée,. Dans les décennies suivantes, de très nombreux Russes, Ukrainiens et Biélorusses s’installent en Estonie, au point qu’au recensement de 1989 les Estoniens ne forment plus que 61 % de la population de leur propre pays.

 La marche à l’indépendance : La désignation de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l’URSS et les réformes qu’il entame sous le signe de la Glasnost (~transparence )  et de la Perestroïka (~restructuration de l’économie) permirent aux  manifestations nationalistes de se multiplier à partir de 1986. L’essentiel des revendications s’opposaient à la russification forcée entraînant la perte de l’identité balte. Peu à peu, de manifestations en manifestations, les pays baltes arrachèrent des concessions au niveau des soviets locaux et finirent par constituer des Front nationaux puissants à l’automne de 1988: celui d’Estonie le 1er octobre 1988, celui de Lettonie le 8 octobre, enfin celui de Lituanie, le Sajudis, le 22 octobre.

Les Estoniens (comme les Lituaniens et les Lettons) réclament la restauration de l’indépendance. Le déclenchement de la revendication indépendantiste se situe fin décembre 1989, quand Gorbatchev soucieux de donner des signes forts à l’Occident pour obtenir son soutien financier, déclara nuls les protocoles secrets contenus dans le pacte Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939 ; ils stipulaient, entre autres, l’annexion des pays baltes par l’U.R.S.S.

Le dimanche 11 mars 1990, « exprimant la volonté du peuple », le Parlement lituanien « a décidé et proclamé solennellement le rétablissement des droits souverains de l’État lituanien qui ont été foulés aux pieds par une puissance étrangère en 1940 ». Vytautas Landsbergis est élu président du Soviet suprême de Lituanie.

L’Estonie puis la Lettonie s’engagent sur la voie de l’indépendance et optent pour une période transitoire. Le 13 mai 1990, les trois pays baltes reconstituent le Conseil de la Baltique, qui les avait déjà rassemblés de septembre à juin 1940.

Bien que les Occidentaux n’aient jamais reconnu l’annexion des pays baltes par l’U.R.S.S., Europe et États-Unis s’enferment depuis le début de la revendication autonomiste balte dans un silence embarrassé et pesant, ignorant les appels au secours des Baltes, particulièrement de la Lituanie, rejetant ainsi l’application de l’un des principes clés de la démocratie : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ils craignent les risques de déstabilisation que ferait courir au régime modéré de Gorbatchev un début d’éclatement de l’empire soviétique.

§ Jusqu’au coup d’État avorté du 19 août 1991 contre Mikhaïl Gorbatchev, toutes les tentatives de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie pour obtenir une reconnaissance internationale échouent. Après le 19 août 1991, la situation intérieure de l’U.R.S.S., menacée d’implosion, est bouleversée : les pays baltes accèdent à l’indépendance, tandis que les 12 autres républiques  adhèrent à la Communauté des États indépendants (C.E.I.).Le président François Mitterrand  fut le premier chef d’État occidental à effectuer une visite officielle dans les trois républiques baltes le 13, 14 et 15 mai 1992.

db 070428TallinnSdeBronze5L’Estonie est le seul pays baltique à avoir, au lendemain de l’indépendance, mis en place un gouvernement exclusivement estophone et à bannir les anciens apparatchiks du pouvoir, et pourtant le Président actuel Arnold Rüütel n’est autre que le dernier président du Soviet Suprême Estonien sous l’URSS.

  Tout juste renée, l'Estonie décida d'ouvrir totalement son marché aux produits étrangers. Résultat : le PNB baissa de 10 %, voire de 20 %, l'inflation approcha les 1 000 %, des pans entiers des monstres industriels de l'époque soviétique s'écroulent. Dix ans après, le remède de cheval a réussi mieux que toute prévision. L'Estonie n'est-elle pas qualifiée de "dragon" par certains commentateurs. "On a l'impression que le pays a brûlé l'étape de la révolution industrielle pour passer tout de suite au stade informatique", constate un homme d'affaires néerlandais. Un signe : la moitié des téléphones mobiles Nokia sont fabriqués à Tallinn et deux Estoniens sur trois possèdent un portable. Mieux : comme la plupart de ses amis, Siim se sert de son téléphone pour payer directement tant ses achats dans les magasins que ses places de parking.

estonie-drapeau hampeUne autre conséquence : si, en 1991, l'Estonie réalisait 90 % de son commerce avec la Russie, ce pourcentage est descendu aujourd'hui à moins de 10 %, l'essentiel des échanges étant réalisé avec l'U.E. Les dirigeants russes ne sont pas étrangers à ce retournement de situation. Pour "punir" l'Estonie, accusée de mal traiter les russophones y habitant, ils décidèrent, en 1997, d'instaurer un cordon sanitaire entre les deux pays. L'immense majorité des Estoniens estiment que cette solution radicale était la seule possible. Avec une antienne : "Il fallait rompre le plus brutalement possible avec le passé. C'était une question de survie." Survie : le mot revient dans toutes les conversations. Ici, ce n'est pas un vain mot. Combien de fois fut-il près d'être rayé de la carte, ce pays de 1,3 million d'habitants, qui, en fait, n'a été indépendant que de 1918 à 1940.

Se pose alors la question du statut de la population immigrée dans le pays depuis 1940 (Russes, Ukrainiens, Biélorusses et autres), population à laquelle les autorités ont dénié la citoyenneté estonienne. Beaucoup des enfants de ces immigrés, nés dans le pays et naturalisés, apparaissaient en voie d’assimilation, à la fin de la décennie 1990. Les russophones sont dans la situation sociale la plus difficile. Ils étaient environ 400 000, soit un tiers de la population du pays au moment de l’indépendance et leur présence constitua incontestablement le problème de l'Estonie. Difficile de faire cohabiter cette population, venue avec le colonisateur, dont l'immense majorité ne parlait pas un mot d'estonien, avec des autochtones qui à l'indépendance se seraient bien passés de ces concitoyens obligés. Dans ce domaine aussi, les responsables estoniens n'y allèrent pas par quatre chemins, cherchant à encourager le plus grand nombre de russophones à rentrer dans leur "mère patrie". Environ 100 000 tentèrent le voyage de retour. Avec une immense déception : ils ne s'y sentaient plus chez eux et une partie d'entre eux revinrent dans leur pays d'adoption. La plupart des Russes se sont installés en Estonie après la victoire de 1944-45. Une partie d'entre eux s'est bien intégrée mais s'il y a eu des appels pour tout non Estonien à retourner en Russie, la politique officielle du gouvernement a été l'"intégration", en demandant que tout russophone apprenne la langue estonienne au niveau basique mais 160 000 environ, soit 12 % de toute la population d'Estonie, n'a pas voulu ou pas pu faire l'effort de prendre la nationalité estonienne. Ils se retrouvent aujourd'hui «non citoyens». Cependant  en mars 2007, le Parlement estonien a adopté une nouvelle mesure, destinée à assimiler la minorité russophone, un amendement de la loi linguistique qui rend plus facile le licenciement des travailleurs ayant un niveau d'estonien insuffisant. Kalle Laanet, ministre de l’Intérieur depuis les élections de mars 2007 a souligné : « Le gouvernement a beaucoup fait pour l'intégration des 'non Estoniens' : cours et examens gratuits, millions d’euros investis dans l'enseignement de la langue et réforme du système scolaire qui entrera en vigueur en septembre 2007. En face, nous n’observons aucune bonne volonté ». Soutenus par Moscou, les russophones d'Estonie, se sentant discriminés, firent appel aux organisations internationales. En 1993, l'OSCE – Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe -ouvrit ainsi un bureau en Estonie. Fin décembre 2001, l'organisation européenne décida de ne pas prolonger le mandat de ses observateurs, considérant que l'Estonie avait pris toutes les dispositions nécessaires pour protéger ses minorités. La situation semble, en effet, beaucoup moins tendue. "Sur le plan des émotions, les Estoniens sont relativement tolérants vis-à-vis des Russes mais ils demeurent prudemment sceptiques, du genre "va savoir de quoi ils sont capables". Les Estoniens tentent de vivre comme si les Russes n'existaient pas", écrit Marc Nutt, un député estonien. Les jeunes russophones estiment qu’il leur faut "sortir de leur ghetto". Ils ont appris l'estonien et regrettent les petites tracasseries administratives. "Même si nous parlons bien la langue, pour un travail, on nous préférera souvent un Estonien de souche", regrettent-ils. Certains de leurs amis ont ainsi préféré "estoniser" leur nom pour éviter ce genre de discrimination. En tout cas le 14 septembre 2003, l'immense majorité des russophones d'Estonie a dit "oui" à l'Europe au référendum .ca Localisation Est

L’Estonie a adhéré en 2004 à l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord) et est entrée dans l’Union Européenne en mai 2004. L’adhésion à l’OTAN le 29 mars 2004 a été plus fêtée que l’adhésion à l’Union Européenne le 1er mai. Pourquoi ? Simplement parce que se trouver sous le parapluie de l’OTAN est une manière concrète de se détourner de la Russie et d’oublier ses peurs, alors qu’entrer dans l’Europe effraie : comment ne pas perdre son identité et comment préserver ses traditions lorsque l’on n’est pas plus nombreux qu’une grosse région française ?

Comme les 2 autres républiques baltes elle ambitionne de rejoindre l’Euro en janvier 2011.

 

* Bernard Le Calloc'h : Diplômé de finnois de l’Institut national des langues et civilisations orientales, Bernard Le Calloc’h a été jusqu’en 2009 le vice-président de l’Association française pour le développement des études finno-ougriennes. Il est l’auteur d’une cinquantaine d’articles sur la Finlande, l’Estonie et les peuples finno-ougriens de Russie. Il a reçu en 2007 le «Grand prix pour voyage d’études, missions et travaux» de la Société de géographie, dont il est, par ailleurs, membre d’honneur du conseil d’administration.

http://adefo.org/indexthem5.3.html

 

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