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Blog géopolitique de D. Giacobi

MALI: TOMBOUCTOU, LA SOMALIE DE AL-SHABBAAB ET BAMIYAN ET ; OU LE RETOUR DE L’ICONOCLASME : ART ET POLITIQUE

 Après les Bouddhas de Bamiyan détruits par les Islamistes d’Al Qaïda[1], ce sont les Islamistes de Al-Shabbaab[2] enafrique-map b Somalie qui ont entrepris la destruction des mausolées soufis au nom de la doctrine du hanbalisme dans une indifférence quasi générale. Les églises de Mogadiscio sont aussi toutes en ruines. Après les Bouddhas de Bâmiyân,

LE SITE DES BOUDDHAS DE BAMIYAN PEUT-IL RENAÎTRE ? CHRONIQUES DU VANDALISME

BOUDDHAS DE BAMIYAN, IL Y A 10 ANS, LE 1er MARS 2001, LES TALIBANS DECIDAIENT LEUR DESTRUCTION : MEMOIRES et "CHOC DES CIVILISATIONS"

l’iconoclasme est de retour et met en péril des œuvres d’art parfois classées au patrimoine mondial comme à Tombouctou en mai 2012.[3] TOMBOUCTOU: DESTRUCTION DES MAUSOLEES HISTORIQUES; ART ET POLITIQUE : LE VANDALISME A L’ŒUVRE

 

1- Pourquoi ces destructions en Somalie ?

 

Al-Shabbaab qui a instauré la « charia » (loi coranique) dans les zones de Somalie sous son contrôle estime que les mausolées érigés par les musulmans d'obédience soufiste[4] - l’islam somalien traditionnel - relèvent d'une idolâtrie bannie par l'islam dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils protègent les fidèles  des dangers. Les mausolées, avec des tombes portant des stèles et autres insignes funéraires, sont des sites de recueillement. Les saints sont considérés comme des protecteurs, ils "représentent ceux que, dans la culture occidentale, on appelle saints patrons", Al-Shabbaabselon un expert malien. Le mouvement Al-Shabbaab se réfère à la ligne la plus dure de l’Islam, celle du hanbalisme[5], qui rejette le culte des saints. Pour Odon Vallet – dans le journal Le Monde - ce courant de pensée iconoclaste qui rejette le culte des images saintes n'est pas propre à l’Islam. Les mausolées sont des tombeaux d'hommes vénérés pour leur foi et leur érudition qui ont souvent fait beaucoup pour leur lignée et leur communauté. Or, Al-Shabbaab défend un islam très rigoriste ; pour eux, Allah seul est saint et lui seul doit être vénéré.

 

 

 

 

 

§ Aussi se pose la question souvent répétée : « L’interdiction des représentations  humaines est-elle inscrite dans le Coran ? » 

L'islam est souvent considéré comme iconoclaste, mais le Coran ne dit pas un mot des images. L'interdit se trouve dans les hadith, les propos prêtés au prophète Mahomet. Ainsi, on trouve des représentations humaines dans les châteaux du désert jordanien, lieux de retraites datant de la première génération de l'islam, ainsi que des miniatures persanes qui représentent des visages, y compris celui du prophète. En Afrique s'est installé un culte des saints hommes, des marabouts, à la mémoire desquels sont érigés des mausolées. Ce type de culte se retrouve aussi au Pakistan et en Inde. Mais pour les intégristes islamistes vénérer un saint c'est porter atteinte à l'unicité de Dieu. 


§  Les autres religions ont-elles connu des épisodes iconoclastes [6]?

Par contre l'interdiction des images figure dans la Bible et la Torah ("Tu ne te feras pas d'idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre", Exode, 20) mais l'application des textes a été incomplète. Dans le Judaïsme on a trouvé des mosaïques avec des représentations humaines et même divines – par exemple le dieu du soleil Helios – dans les angles du fronton de la synagogue de Capharnaüm en Israël. Le christianisme a connu deux crises iconoclastes d’abord aux VIIIe et IXe siècles après J.-C., dans l'Eglise d'Orient. Ensuite au XVIe siècle, pour Odon Vallet, le plus grand des iconoclastes a sans doute été le protestant Jean Calvin qui fit badigeonner à la chaux tous les murs des églises et détruire statues, peintures et vitraux. Dans le bouddhisme les temples zen japonais sont totalement dénudés mais au Tibet il y a des statues innombrables.

 

2- Le contexte socio-politique

 

Depuis 1991, lorsqu’une insurrection armée renversa le gouvernement du Président Siad Barre, la Somalie n’a plus de gouvernement capable d’exercer le pouvoir sur tout pays. Actuellement, quatre entités se partagent et se disputent le pouvoir : au centre et au sud, le Gouvernement fédéral de transition (Gft), présidé depuis février 2009 par Sheik Sharif, lequel jouit de la reconnaissance internationale, mais affronte les milices islamistes radicales, notamment Al-Shabbaab. Deux entités politiques organisées sont présentes dans les régions septentrionales de la Somalie : à l’extrême nord, le Somaliland, qui revendique son indépendance depuis 1991 mais n’est reconnu par aucun autre État. Et au sud du Somaliland, la région autonome du Puntland, qui revendique son autonomie à l’intérieur d’une Somalie fédérale. Le 18 avril 2009, le parlement somalien a approuvé une législation pour l’application de la charia, la loi coranique, sur tout le territoire national. En pratique, dans les territoires sous contrôle du Gft, les tribunaux jugent sur la base de réglementations qui sont une combinaison de la charia, du droit traditionnel, du droit coutumier et des articles du code pénal en vigueur avant 1991. La nouvelle Constitution du Puntland, entrée en vigueur le 30 juin 2009, admet la liberté du culte, mais pas l’apostasie de musulmans se convertissant à une autre religion. L’article 8 prohibe le prosélytisme de toute autre religion que l’islam ; l’article 12 dispose que les non-musulmans sont libres de pratiquer leur religion et qu’ils ne peuvent pas être contraints de devenir musulmans, mais également qu’il est interdit aux musulmans d’abandonner la foi islamique. La Constitution du Puntland permet la formation de partis fondés sur l’orientation religieuse. Mais en pratique, le droit à la liberté religieuse n’est pas respecté. Les gouvernements ne se sont pas donné les moyens de faire respecter ce qui est prévu par leurs constitutions dans ce domaine, il n’y a pas de procédures de recours pour les personnes qui considèrent avoir été lésées dans leurs droits à la liberté religieuse.

Al-Shabbaab (arabe : الشباب, jeunesse) est l'une des deux grandes organisations islamistes somaliennes, issue de la fraction la plus dure de l'Union des tribunaux islamiques, qui veut  l'instauration de la charia en Somalie et s’oppose depuis 2009 au gouvernement modéré issu des Tribunaux islamiques. L'organisation est classée depuis 2008 parmi les organisations terroristes les plus dangereuses du monde, soupçonnée d'avoir des liens forts avec la direction centrale d'Al-Qaïda au Pakistan et d'abriter des djihadistes étrangers venus du monde entier et notamment de l’Occident nord-américain et européen. Dès la fin 2008 elle contrôlait la majeure partie du sud et du centre de la Somalie, ainsi que de nombreux quartiers de la capitale Mogadiscio. Dans les territoires sous contrôle d’Al-Shabbaab  et des autres milices islamistes radicales, aucune constitution n’est en vigueur, mais on applique une version radicale de la charia - y compris pénale - qui ne laisse aucun espace, ni à la pratique de religions différentes de l’islam, ni à l’islam somalien traditionnel d’origine soufie, considéré comme hérétique ; les personnes suspectées d’avoir abandonné l’islam pour le christianisme sont victimes d’exécutions capitales sans procès. Dans les territoires sous contrôle d’Al-Shabbaab, des cimetières soufis ont été détruits pour des motifs religieux, les projections cinématographiques et les spectacles musicaux sont interdits. Ces interdictions concernent aussi le fait de fumer, se raser ou avoir des coiffures considérées comme occidentales, de jouer au football ou voir en public des retransmissions télévisées, les danses et les chants effectués à l’occasion de mariages. Au cours du mois de juin 2009 Al-Shabbaab a étendu l’interdiction de projeter et de regarder des films à la télévision, en précisant que les téléviseurs ne devaient être utilisés que pour suivre des informations “telles que celles d’Al-Jazeera”. La lapidation est appliquée comme punition pour l’adultère (lapidation d'une adolescente de 13 ans, coups de fouet pour les femmes et ou des hommes ayant fumé du haschisch etc…]). Une tenue vestimentaire islamique sévère a été imposée aux femmes, qui n’ont pas le droit de porter des soutien-gorges[ [7]

eglise en ruines Mogadiscio en Somalie 27 mars 2007 © AFP

Eglise en ruines  Mogadiscio en Somalie 27 mars 2007 © AFP

Le 15 avril 2009, l’administration deBaidoa, loyale à Al-Shabbaab a décrété que tous les magasins devaient être fermés pendant les cinq prières quotidiennes sous peine de cinq jours de prison pour leurs propriétaires, et que toutes les femmes devaient porter le voile intégral en public, sous peine d’être arrêtées pendant 12 heures. Le jour suivant, 25 jeunes qui se promenaient dans la ville pendant les horaires de prière ont été arrêtés. Le 15 avril 2009 à Kismayo, Al-Shabaab a détruit cent anciennes tombes soufies, le 5 mai 2009, 10 autres à Kamsuma. Au cours du mois d’octobre 2009, on a appliqué systématiquement la règle qui défend aux femmes de porter le soutien-gorge dans les zones contrôlées par Al-Shabbaab et qui punit celles qui apparaissent en public sans voile ou les pieds nus ; quelques femmes en infraction ont reçu des coups de fouet. Le 13 avril 2010, les stations de radio somaliennes dans les zones contrôlées par Al-Shabbaab ont cessé d’émettre de la musique. Le 15 avril 2010, le responsable de l’éducation d’Al-Shabbaab à Jowhar a interdit l’usage des clochettes dans les écoles de la ville, qui signalaient le début et la fin des cours parce que leur son rappelle celui des cloches des églises chrétiennes. Les membres de Al-Shabbaab ont aussi détruit des sites religieux (chrétiens et soufis)[]... Les personnes suspectées d’avoir abandonné l’islam pour le christianisme sont victimes d’exécutions capitales sans procès. Six musulmans convertis au christianisme ont été assassinés au cours de l’année 2008, et vingt-et-un autres au cours de 2009. L’organisation recrute des jeunes formés dans des écoles coraniques radicales - utilisant des moyens pédagogiques modernes tels que les media informatiques- et où sont exaltés le djihad et le martyre, y compris sous la forme d’attaques suicide.

 

3- Les destructions de monuments et œuvres du patrimoine en Somalie

 

Somali Mogadishu January 6, 2008 © AFP

Eglise en ruines  Mogadiscio en Somalie 27 mars 2007 © AFP

Les insurgés islamistes somaliens de Al-Shabbaab qui mènent une guérilla contre les forces gouvernementales somaliennes et leurs alliés éthiopiens ont pris le 22 août 2008 le contrôle de Kismayo, ville stratégique du sud de la Somalie et ont démoli fin septembre une église désaffectée de cette ville portuaire du sud de la Somalie. Selon des témoins, après la prière marquant la fin du ramadan, plusieurs centaines de personnes scandant "Allah est grand",  ont détruit cette église occupée par plusieurs familles, a affirmé à l'AFP l'un de ces témoins. "Nous annonçons officiellement aujourd'hui la destruction, par l'administration islamiste de Kismayo, de l'église chrétienne de notre ville", a déclaré cheikh Hassan Yaqub, un responsable islamiste, avant la démolition de l'édifice. "Les Ethiopiens ont détruit une mosquée à Harar (en Ethiopie) et nous détruisons cette église en représailles. Une grande mosquée (...) sera construite à sa place", a-t-il ajouté.

Somalis destructions c capture ecran © Aljazeera

L’islam somalien traditionnel d’origine soufie est considéré comme hérétique par Al-Shabbaab : Dans les territoires sous contrôle d’ Al-Shabbaab, d’anciens cimetières soufis ont été détruits pour des motifs religieux. Beaucoup de soufis et de représentants religieux d’Aswj ont été assassinés par Al-Shabbaab. Le 23 mars 2009, la milice Hisbul Islam a rendu public le fait qu’elle avait détruit un nombre non précisé d’anciennes tombes de soufis à Biyoley dans la région de Bakol. Le 16 avril 2009 à Kismayo, Al-Shabbaab détruisait cent anciennes tombes soufies et le 5 mai 2009 10 autres à Kamsuma.

Somalis destructions b capture ecran © Aljazeera

Somalis destructions a capture ecran © Aljazeera

Somalis destructions capture ecran © AljazeeraSomalis destructions d capture ecran © Aljazeera

Vidéos montrant la destruction des mausolées soufis par des membres de Al-Shabbaab :

http://www.aljazeera.com/news/africa/2008/12/20081220113644851788.html 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=RPWI-p9Kl4g 

 

Conclusion :

La différence clé avec la destruction des Bouddhas de Bâmiyân en 2001, c’est que cette fois, il ne s’agit pas seulement d’une religion étrangère mais de ce qui est considéré comme symboles d’une déviance de l’Islam.

Nous voilà bien loin de la notion de tolérance religieuse et des diverses déclarations de l’ONU qui garantissent la liberté religieuse dans le monde.

 

 

Sitographie :

http://www.aljazeera.com/news/africa/2008/12/2008122055527212230.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Shabbaab

http://www.aed-france.org/pays/somalie/

http://afp.google.com/article/ALeqM5il1uaUMbqkFsqBT1GAurmLW8R2oQ

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/10/16/008-somalie-soutien-gorge.shtml?ref=rss



 



[7] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/10/16/008-somalie-soutien-gorge.shtml?ref=rss

Convaincus que le port du soutien-gorge constitue une tromperie et qu'il va à l'encontre de l'enseignement de l'islam, des militants du groupe somalien Al-Shabbaab ont fouetté en public plusieurs femmes qui portaient ce sous-vêtement. « Les islamistes disent que la poitrine d'une femme doit être ferme naturellement, ou bien plate », a expliqué une habitante de Mogadiscio dont les filles ont subi le fouet, jeudi. Si les femmes n'ont pas le droit de porter de soutien-gorge, les hommes, en revanche, ont l'obligation de porter la barbe... faute de quoi, c'est aussi le fouet des militants d' Al-Shabbaab qui les attend. Deux autres jeunes hommes accusés de vol ont été amputés par ce même groupe. L'un a perdu une main et l'autre, un pied.

 

 

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