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Blog géopolitique de D. Giacobi

MALI : TOMBOUCTOU, LIBYE, SOMALIE ET BAMIYAN, LA DESTRUCTION DES MAUSOLEES SOUFIS OU LE RETOUR DE L’ICONOCLASME : ART ET POLITIQUE

Après les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan détruits par les Islamistes Talibans liés à Al Qaïda[1],

LE SITE DES BOUDDHAS DE BAMIYAN PEUT-IL RENAÎTRE ? CHRONIQUES DU VANDALISME

les Islamistes de Al-Shabbaab[2] en Somalie [3]

LA SOMALIE DE AL-SHABBAAB,BAMIYAN ET TOMBOUCTOU; OU LE RETOUR DE L’ICONOCLASME : ART ET POLITIQUE

et ceux de Ansar Dine au Mali à Tombouctou,

TOMBOUCTOU: DESTRUCTION DES MAUSOLEES HISTORIQUES; ART ET POLITIQUE : LE VANDALISME A L’ŒUVRE ce sont desintégristes salafistes qui ont en Libye entrepris la destruction de mausolées soufis au nom de la doctrine du hanbalisme malgré les protestations internationales et la condamnation des autorités politiques libyennes.

Après les Bouddhas de Bâmiyân, l’iconoclasme est de retour et met en péril des œuvres d’art parfois classées au patrimoine mondial comme à Tombouctou en mai 2012.[4]

Libye ao 2012 (6) (Co) Euronews

1- Pourquoi ces destructions en Libye ?

 

Le courant salafiste estime que les mausolées érigés par les musulmans d'obédience soufiste[5] - l’islam spirituel traditionnel fortement représenté en Afrique - relèvent d'une idolâtrie bannie par l'islam dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils protègent les fidèles  des dangers. Les mausolées, avec des tombes portant des stèles et autres insignes funéraires, sont des sites de recueillement. Les saints sont considérés comme des protecteurs, ils "représentent ceux que, dans la culture occidentale, on appelle saints patrons", selon un expert malien. Les Salafistes se réfèrent à la ligne la plus dure de l’Islam, celle du hanbalisme[6], qui rejette le culte des saints. Pour Odon Vallet – dans le journal Le Monde - ce courant de pensée iconoclaste qui rejette le culte des images saintes n'est pas propre à l’Islam. Les mausolées sont des tombeaux d'hommes vénérés pour leur foi et leur érudition qui ont souvent fait beaucoup pour leur lignée et leur communauté. Or, les Salafistes défendent un islam très rigoriste ; pour eux, Allah seul est saint et lui seul doit être vénéré.

 

§ Aussi se pose la question souvent répétée : « L’interdiction des représentations  humaines est-elle inscrite dans le Coran ? »


L'islam est souvent considéré comme iconoclaste, mais le Coran ne dit pas un mot des images. L'interdit se trouve dans les hadith, les propos prêtés au prophète Mahomet. Ainsi, on trouve des représentations humaines dans les châteaux du désert jordanien, lieux de retraites datant de la première génération de l'islam, ainsi que des miniatures persanes qui représentent des visages, y compris celui du prophète. En Afrique s'est installé un culte des saints hommes, des marabouts, à la mémoire desquels sont érigés des mausolées. Ce type de culte se retrouve aussi au Pakistan et en Inde. Mais pour les intégristes islamistes vénérer un saint c'est porter atteinte à l'unicité de Dieu. 

 

§Les autres religions ont-elles connu des épisodes iconoclastes [7]?


Par contre l'interdiction des images figure dans la Bible et la Torah ("Tu ne te feras pas d'idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre", Exode, 20) mais l'application des textes a été incomplète. Dans le Judaïsme on a trouvé des mosaïques avec des représentations humaines et même divines – par exemple le dieu du soleil Helios – dans les angles du fronton de la synagogue de Capharnaüm en Israël. Le christianisme a connu deux crises iconoclastes d’abord aux VIIIe et IXe siècles après J.-C., dans l'Eglise d'Orient. Ensuite au XVIe siècle, pour Odon Vallet, le plus grand des iconoclastes a sans doute été le protestant Jean Calvin qui fit badigeonner à la chaux tous les murs des églises et détruire statues, peintures et vitraux. Dans le bouddhisme les temples zen japonais sont totalement dénudés mais au Tibet il y a des statues innombrables.

Libye ao 2012 (5) © Euronews

2 - La destruction des mausolées soufis libyens par les salafistes

 

Le 24 août les radicaux islamistes salafistes avaient selon des témoins et le conseil militaire local fait exploser à Zliten, le plus grand mausolée du pays, dernière demeure du cheik Abdessalem Al-Asmar, grand théologien soufi du XVIe siècle, et aussi incendié la bibliothèque de la mosquée Asmari. L'opération, menée à l'aide de bulldozers et d'explosifs fut précédée de deux jours d'affrontements entre groupes tribaux qui ont fait deux morts.  "Les extrémistes salafistes ont profité (du fait) que les responsables de la sécurité étaient accaparés par les heurts et ont profané le mausolée", a déclaré Omar Ali, membre du conseil militaire local, interrogé par Reuters. Les auteurs d'une page Facebook intitulée "Ensemble pour la suppression du mausolée de Sidi Abdel Salam Al Asmar" se sont félicités de la "suppression couronnée de succès du (...) plus grand signe d'idolâtrie en Libye".  Photographies et vidéos de la destruction ont été postées sur la page. "Nous sommes bouleversés par la destruction de ce lieu historique et spirituel en Libye", a précisé à Reuters Mohamed Salem, l'intendant de la mosquée. Il avait dû fuir Zliten après des menaces de mort répétées proférées par des salafistes. Ils avaient déjà détruit un autre mausolée à Misrata.

Libye ao 2012 (1) © EuronewsLibye ao 2012 (2) © EuronewsLibye ao 2012 (3) © EuronewsLibye ao 2012 (4) © Euronews

 

Le 25 août 2012, c’est avec une pelleteuse que des intégristes salafistes ont détruit le mausolée d’Al-Chaab Al-Dahmani, près de Tripoli. "Un grand nombre de miliciens armés sont arrivés à la mosquée d'Al Chaab dans l'intention de détruire le mausolée parce qu'ils pensent que ces tombes sont contraires à l'islam", selon un responsable du gouvernement sous couvert d'anonymat. Les autorités ont tenté les en empêcher avant de décider de boucler la zone dans un souci d'apaisement, a-t-il ajouté.

 

Vidéo : http://fr.euronews.com/2012/08/26/libye-destruction-de-mausolees-par-des-integristes-musulmans/

 

Destruction mausolee soufi Tripoli le 25 ao 2012 © REUTERDestruction mausolee soufi Tripoli 25 ao 2012 © Le MondeDestruction mausolee soufi Tripoli 25 ao 2012 © Le Monde

 Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, le 28 août 2012 a exprimé ses préoccupations dans un communiqué[8], face à la destruction et à la profanation de sanctuaires soufis et bibliothèques à Zliten, Misrata et Tripoli en Libye le 25 août 2012. Elle a appelé les auteurs à cesser immédiatement cette destruction. « La destruction de lieux d’importance religieuse et culturelle ne peut être tolérée » a-t-elle ajouté. Elle s’est également adressée aux autorités libyennes, les appelant à « prendre leurs responsabilités pour la protection du patrimoine culturel et les sites d’importance religieuse, dans l’intérêt des générations futures ». Elle a indiqué qu’elle était prête à fournir son assistance aux autorités libyennes pour la protection et la réhabilitation des sites. Selon les propos du spécialiste de l’Islam Olivier Roy, rapportés par Le Monde[9], « c’est exactement la même école de pensée qui est à l’œuvre [au Mali et en Libye]. L’islam traditionnel, implanté depuis des siècles est d’un coup vivement critiqué et directement visé par des éléments radicaux venus de l’extérieur ».

 

3 - Le contexte socio-politique[10]

 

Des dizaines de manifestants à l’appel lancé sur les réseaux sociaux, sont descendus le 26 août dans la rue à Tripoli pour protester contre la destruction des mausolées soufis de saints musulmans par les salafistes radicaux à Tripoli et Zliten, rapporte l’AFP. Les élections législatives libres du 7 juillet 2012 ont permis de mettre en place un Congrès général national (CGN), issu des premières élections libres du pays et présidé par Mohamed al-Megaryef.  Contrairement à l’Egypte et à la Tunisie, la vague islamiste n’a pas gagné la Libye. "La Libye n’est pas l’Afghanistan !" criait une manifestante.

Si le gouvernement libyen a clairement condamné les agissements des extrémistes et la destruction de son patrimoine, le ministre de l’Intérieur libyen Fawzi Abdelali a cependant déclaré ne pas avoir voulu entrer en confrontation avec des intégristes nombreux et bien armés, rappelant que l’armée régulière libyenne manque encore de matériel. Le Comité suprême de la sécurité (CSS) a condamné cette destruction par la voix de son porte-parole Abdel Moneim al Hurr. Finalement Le ministre libyen de l'Intérieur a démissionné pour protester contre les critiques du Congrès général national (CGN), la plus haute autorité politique du pays, qui a accusé ses forces de laxisme après la recrudescence de violences. Dimanche 26 août lors d'une session extraordinaire, les membres du CGN, issu des premières élections libres du 7 juillet 2012 en Libye, ont mis en cause les membres de la Haute Commission de sécurité (HCS) accusés de laxisme, voire d'implication notamment dans la destruction des mausolées. La HCS, qui relève du ministère de l'Intérieur, est formée par les ex-rebelles ayant fait tomber le régime de Mouammar KadhaMohamed al-Megaryeffi en 2011. Ils avaient pris en charge la sécurité dans le pays après la chute du régime kadhafiste, avant d'intégrer les forces du ministère de l'Intérieur. Le président du CGN, Mohamed al-Megaryef - >> la plus haute autorité du pays - a dénoncé la destruction du patrimoine culturel et musulman libyen,  promettant de poursuivre les responsables : “Ces actes sont inacceptables. Ils sont rejetés et interdits par notre religion, par nos traditions et par la loi. Leurs auteurs seront donc poursuivis”. Sur Twitter, le vice-premier ministre Moustapha Abou Chagour, a qualifié la destruction des mausolées de "crimes" dont les auteurs "seront tenus responsables". Dans un autre tweet, il a assuré avoir "demandé hier aux ministères de la défense et de l'intérieur d'intervenir mais ils n'ont pas accompli leur devoir de protéger ces sites". Dar Al-Ifta, la plus haute autorité religieuse en Libye affirmait dans un communiqué que la profanation de tombes de musulmans ou de non musulmans était contraire à l'Islam. Un membre éminent de la communauté soufie en Libye, Ossama Bwera, a dénoncé de son côté l'"ignorance des profanateurs qui se font appeler salafistes". "Ces attaques ne visaient pas en particulier le soufisme mais la culture et la civilisation musulmane en Libye en général", a-t-il dit à l'AFP. Le directeur du Département des Antiquités de Libye, a condamné ces "actes isolés", indiquant cependant que ces mausolées n’étaient pas inscrits au patrimoine archéologique national. Sur les réseaux sociaux, les avis étaient partagés, entre internautes approuvant la destruction de ces mausolées considérés comme "contraires à l'Islam", et ceux dénonçant la "profanation des tombes" et des attaques "contre le patrimoine culturel" libyen.

 Le ministre de la Défense, Oussama Jouili, a indiqué que sa principale difficulté était "l'occupation de sites militaires stratégiques par des groupes de révolutionnaires qui refusent d'intégrer le ministère de la Défense". Le 23 août, le ministère de l'Intérieur annonçait la saisie d'une centaine de véhicules blindés et 26 lance-missiles dans une caserne à 60 km au sud-est de Tripoli, affirmant que le groupe qui contrôlait le site était une milice de partisans de l'ancien régime qui se faisait passer pour des révolutionnaires. "Tout le monde demande où est l'armée? L'armée est une grande institution qui ne se construit pas en un jour ou en un mois, mais en plusieurs années", a déclaré M. Jouili devant le Congrès.

Plusieurs organisations de la société civile ont exhorté les autorités libyennes à prendre des mesures concrètes pour mettre fin à la destruction de monuments et mausolées musulmans par des extrémistes, dans une lettre reçue le 27 août 2012 par l'AFP. Ce texte était adressé au Congrès général national (CGN), issu des premières élections libres du pays, une vingtaine d'organisations demandent au Congrès d'"agir immédiatement et de prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires pour empêcher des actes illégaux". "Vous devez, en tant que notre autorité légitime élue, agir maintenant", ajoutent-elles. "Nous apprécions les efforts du CGN après la convocation du gouvernement pour audition mais nous n'avons vu aucune action dans les rues", écrivent-elles encore, faisant état d'autre tentatives de destructions de monuments à Tripoli. Des dizaines de représentants de ces organisations de la société civile ont manifesté ce 27 août devant le CGN pour réclamer des actions concrètes du gouvernement contre ces destructions, a constaté un photographe de l'AFP. Dans leur lettre adressée au président et aux membres du Congrès, les représentants de la société civile ont en outre dénoncé l'intimidation et des menaces proférés contre des manifestants. Ils ont appelé le CGN à garantir la sécurité des sites et des personnes pacifiques menacées.

 

Conclusion


Malgré les résultats des élections de juillet 2012, le sort de la Libye reste en suspens en raison de la masse d’armes accumulées et incontrôlées dans le pays. Les extrémistes salafistes vont-ils prendre le dessus comme au Mali à Tombouctou ou le pays va-t-il connaître une « somalisation » croissante ?

 

Sitographie :

http://www.lejournaldesarts.fr/site/archives/docs_article/103048/destruction-de-mausolees-en-libye--l-unesco-tire-la-sonnette-d-alarme.php

http://www.lematin.ma/express/Sites-soufis-en-Libye-_L-Unesco-exige-l-arret-immediat-des-destructions-/170846.html

http://french.cri.cn/621/2012/08/29/302s293256.htm

http://www.bfmtv.com/international/lunesco-appelle-a-larret-immediat-destructions-sites-soufis-libye-327754.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120825.REU4357/deux-mausolees-detruits-par-des-integristes-en-libye.html

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/des-libyens-manifestent-contre-l-extremisme-et-le-chaos-26-08-2012-2137667.php

http://www.lemonde.fr/libye/article/2012/08/25/libye-des-mausolees-musulmans-detruits-par-des-islamistes_1751418_1496980.html

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/08/25/97001-20120825FILWWW00279-un-mausolee-detruit-en-libye.php

http://www.afrik.com/breve44132.html

http://www.lorientlejour.com/category/Derni%C3%A8res+Infos/article/775150/Destruction_de_mausolees_en_Libye%3A_des_ONG_reclament_des_mesures_concretes.html

 

 



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