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Blog géopolitique de D. Giacobi

ROSE VALLAND ET LE PROJET DE MUSEE D’HITLER A LINZ :

Quand les régimes totalitaires instituaient  le vol organisé des œuvres d’art en Europe.

INTRODUCTION :

Le pillage des biens culturels est de toutes les époques. Les Romains avaient raflé en Asie mineure et en Grèce quantité de statues. Charles VIII et Louis XII à l’occasion des Guerres d’Italie revinrent avec des monceaux de merveilleux incunables ( è du latin « incunabulum » = berceau = livres datant des origines de l’imprimerie entre 1450 et 1500) et de manuscrits anciens récupérés à Naples, à Milan... Le butin des guerres de la Révolution ou de l'Empire jusqu'en 1813 a été très imparfaitement restitué au Pape ou aux Prussiens. Les armées du Kaiser en 1914-1918 pillèrent largement les chefs-d'œuvre de la peinture flamande dans les musées du nord de la France occupé par l'Allemagne.

Hitler et Staline ne firent donc que s'inspirer d'exemples antérieurs. Au surplus, les goûts artistiques se ressemblaient étrangement, dans les deux camps du totalitarisme, opposés l'un à l'autre, nazi et soviétique, formant un couple infernal. De part et d'autre, on préconisait, vers 1937, les statues d'athlètes musculairement réalistes, nues chez les nazis, caleçonnées chez les bolcheviks. La différence était mince.

l Alors que le régime nazi  avait brûlé le 20 mars1939 5 000 œuvres d'artistes dits «dégénérés» , a partir du début de la guerre  à l’été 1939 les enlèvements du patrimoine artistique des pays vaincus s’accélérèrent. A partir de 1943autodafe (chute du fascisme italien) les chefs-d'œuvre du musée des Offices de Florence furent stockés dans le Tyrol germanophone. L'historienne Dominique Liechtenhan a étudié les réseaux de ces divers trafics. En France, les nouveaux maîtres berlinois faisaient semblant de payer leurs « acquisitions » artistiques mais dans les pays tchèques ou polonais, les Allemands ne se gênèrent pas pillant la décoration interne du château de Varsovie ; les Vinci, Raphaël et Rembrandt des collections des aristocrates polonais.  S’y ajoutent les centaines de millionde volumes dérobés en Russie et confiés d'autorité à la Bibliothèque nationale de Prusse ou à quelques autres. L'illustre « chambre d'ambre » de Tsarkoié-Sélo, expédiée vers Königsberg, a disparu à jamais dans les décombres de cette ville alors prussienne, et il en subsiste quelques parcelles que les antiquaires se disputent. Les bilans chiffrés de ces déprédations, établis par le gouvernement de Moscou en 1943-1944 (100M de liasses d'archives, 80 M de volumes subtilisés, etc.), sont sujets à caution, puisque les évêques russes, avec lesquels Staline s'était réconcilié, ajoutaient aux chiffres réels les dégâts commis par les bolcheviks à l'encontre de l'Eglise, pour en faire porter la responsabilité aux hitlériens.

l Et puis, en 1944-1945, le pendule repart en sens inverse, ce fut l'immense déménagement effectué par l'armée Rouge aux dépens des trésors des musées de Berlin, Dresde, Leipzig. Les « brigades des trophées »  fouillaient les galeries de mines et autres cachettes dans lesquelles Hitler et Goering avaient entreposé à la fin de la guerre, l'immense produit de leurs larcins : l'autel de Pergame et les retables baroques,  l'Adam et Eve, de Cranach et de médiocres peintures allemandes du XIXe siècle, quittait définitivement la Saxe en direction de la Sainte Russie. Mais tout cela est resté secret ou presque jusqu'en 1989. Quelques expositions des fabuleux trésors (cachés depuis 1945) sont réalisées à Moscou. Le président Eltsine a promis au chancelier Kohl d'opérer certaines restitutions. Mais les partis rouges-bruns de la Douma, communistes et nationalistes, appuyés par quelques conservateurs des musées russes, ont fait échec à cet accord.

 

I – LA GUERRE DES MUSEES DANS L’EUROPE OCCUPEE PAR LES NAZIS :

 
Hitler, le peintre raté, rêva de créer en Autriche, à  Linz, sa ville natale et celle de son enfance, un gigantesque musée témoin de sa grandeur et de celle de l’Allemagne.  Il en avait lui-même dessiné les plans et tout au long de la guerre, travailla à son édification en organisant le pillage des plus grandes oeuvres de ce qu’il appelait “l’art véritable” (par opposition à l’“art dégénéré” de la modernité). Quitte à rappeler à l’ordre le fidèle Gœring dont la voracité de collectionneur fit parfois de l’ombre à l’entreprise.

Führermuseum 2Führermuseum 3
Hitler museeFührermuseum 6

  l Dès 1938, un galeriste de Dresde, Hans Posse, nommé responsable du projet, fit établir des listes de chefs-d’œuvre  d'art germanique ainsi que des chefs-d'œuvre  d'art étranger à voler dans les grands musées d’Europe - et jusque dans les châteaux de la famille royale britannique. Seul responsable des acquisitions en 1939 (par achats ou saisies) pour le futur musée de Linz.

Hitler voulait faire du chef d'œuvre de Jan van Eyck "L'Adoration de l'Agneau Mystique" , la pièce maîtresse du musée de Linz (transporté en hâte, devant l'avancée des nazis, pour être mis sous la protection du pape, au Vatican, mais l'Italie entrant en guerre, il fut déplacé de cache en cache à travers les champs de bataille jusqu’à Pau et finalement remis par le gouvernement de Vichy, à l’été 1942, non sans réticences, aux Allemands. Il est finalement rentré en Belgique dans son église d'origine, Saint Bavon à Gand, mais un des dix panneaux dont il est constitué n'a pas été retrouvé à ce jour… ) avec des œuvres de Léonard de Vinci et de Raphaël, de Bruegel ou Rembrandt… Ce musée de Linz entendait ainsi prouver la supériorité de l'art Aryen, "musée idéal" selon le dictateur, auquel il rêva jusqu'à l'heure de sa mort.

      l Le 24 juillet 1939 le secrétaire particulier de Hitler, Martin Bormann, informe le Reichskommissar Buerckel etFührermuseum 1 d’autres autorités que les collections saisies dans les territoires conquis doivent être conservées intactes, afin que Hitler ou Posse puissent faire leur choix pour le musée de Linz. L’abondante quantité d’objets d’art accumulé sera appelée le "Führervorbehalt" (réserve du Führer) .

l Créé en 1940 l'Einsatzstab Reichsleiters Rosenberg (E.R.R.) est à l'origine chargé des opérations de saisie des bibliothèques et des archives, pour mener la "lutte contre le judaïsme et la franc-maçonnerie". Dès septembre 1940, il deviendra le service officiel de confiscation des biens juifs et franc-maçons dans l'Europe occupée. Il est dirigé par le théoricien du régime, Alfred Rosenberg. Le 17 septembre 1940 Hitler donne ordre à la Wehrmacht d'accorder toute l'aide possible à l'E.R.R. et précise que Alfred Rosenberg est "autorisé à transférer en Allemagne les biens culturels qui lui paraissent précieux et à les sauvegarder dans ce pays".

l Le 21 avril 1943 une lettre de Martin Bormann, secrétaire particulier du Führer, à Alfred Rosenberg, demande le transfert de responsabilité de la totalité de objets d’art confisqués par l’E.R.R. aux experts du musée de Linz. L’ordre, décidé par Hitler, vise à la liquidation de l’E.R.R. en faveur de la Mission spéciale Linz . Rosenberg obtient toutefois le maintien des activités de son organisation, celle-ci étant chargée du catalogage des œuvres. Une prolongation d’activité sera finalement accordée à l’E.R.R. pour terminer ses travaux en France et en Allemagne.

l Dès juillet 1943 fut créée aux États-Unis la Roberts Commission (American Commission for the Protection and Salvage of Artistic and Historic Monuments in War Areas). La commission désigne des M.F.A.A. Officers (Monuments, Fine Arts and Archives Officers) chargés d'assister sur le terrain les états-majors pour la récupération d'œuvres d'art.

l début 1945 Goering fit détruire sa résidence de campagne Carinhall. Une grande partie des oeuvres de sa collection est transportée dans des trains spéciaux en Bavière  et arrive à Berchtesgaden et à Unterstein en avril.Führermuseum 4

l En avril 1945 à Munich, le Führerbau est pillé par la foule avant l'entrée des armées américaines. Nombre d'œuvres déposées dans le bâtiment disparaissent. Le Château de Nikolsburg (aujourd'hui en République tchèque), l'un des dépôts de l'E.R.R., est en partie détruit par un incendie au cours de l'avance russe. De nombreuses oeuvres des collections françaises y étaient déposées. Les Soviétiques et le gouvernement tchèque affirmeront ensuite que le château avait été entièrement détruit. Les 10 et 13 avril 1945 Sur ordre du Gauleiter d’Oberdonau Eigruber, des bombes sont placées dans les mines de Alt Aussee, abritant les collections de la Mission spéciale de Linz. Les bombes auraient du éclater avant que les mines ne tombent dans les mains des Alliés mais, le 3 mai, un contrordre du chef SS Kaltenbrunner empêche le désastre.

l A la Commission consultative européenne de Londres, les Britanniques s’opposent à l’utilisation de toute œuvre d’art, y compris celles de propriété allemande, pour les réparations. Ils suggèrent aux États-Unis une politique analogue. Dès mars 1945 Le M.F.A.A. officer Rorimer part en Allemagne, emportant avec lui les listes des dépôts de l'E.R.R. fournies par Rose Valland qui ont également été confiées aux autorités françaises.

 Le 28 avril 1945 l'Armée américaine atteint les dépôts de l'E.R.R. au château de Neuschwanstein. Malgré les transferts, 1300 tableaux des musées de Bavière et de nombreuses œuvres saisies en France s'y trouvent encore, ainsi que toutes les archives de l'E.R.R. D'autres oeuvres saisies par l'E.R.R. seront ensuite trouvées dans le monastère de Buxheim et dans les dépôts de Chiemsee. En mai 1945 l'armée américaine retrouve la collection de Goering à Berchtesgaden.

l L'Art Lofting Investigation Unit de l'O.S.S. (Unité d'enquête sur les spoliations d'œuvres  d'art) commence son activité en Allemagne, après avoir accompli des recherches préliminaires en France, en Angleterre et en Espagne dès la fin novembre 1944  avec une unité d'enquête sur le pillage des oeuvres d'art, composée d'historiens d'art conseillés par la Commission Roberts. Les principaux nazis impliqués dans le domaine de l'art seront interrogés par les responsables du service. Le 20 mai un ordre du S.H.A.E.F. (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) établit la création en Allemagne de dépôts collecteurs où seront rassemblées les oeuvres d'art repérées par l'armée, le principal "collecting point" sera installé à Munich. 
l       Les œuvres choisies par Hitler :  http://www.dhm.de/datenbank/linzdb/
                 http://www.lexpress.fr/culture/art-plastique/le-musee-d-hitler-sur-internet_543953.html
l      Le 8 mai 1945 les oeuvres destinées au musée de Linz sont retrouvées par l'armée américaine dans les mines autrichiennes d'Alt Aussee   . Le 3 septembre 1945 c’est la restitution officielle de L'Agneau mystique des frères Van Eyck à la Belgique, première restitution d'une œuvre  d'origine reconnue au pays concerné.

                                             

 

 Mine de sel 1Mine de sel 4

 Mine de sel 3Mine de sel 2

II -  La Guerre du Louvre : (film documentaire de Jean-Claude Bringuier, 2000)

 

l En France dès 1936 les listes des œuvres importantes des musées parisiens et de province sont dressées. Les châteaux, églises et abbayes, utilisables comme dépôts, sont repérés dans chaque département et les itinéraires d'évacuation sont fixés.

Dès 1938 et surtout à l’été 1939, le directeur des musées nationaux Jacques Jaujard organisa l’évacuation des pièces majeures du Louvre et la mise en lieu sûr des collections : 3691 chefs-d'œuvre sont décrochés des cimaises. En 1940 alors que les Allemands avancent vers Paris, 37 convois de 5 à 8 camions chacun, quittent Paris, mêlés aux foules de l'exode et aux chars français qui se replient.  Ils partent d'abord pour le château de Chambord et les châteaux de la Loire, ensuite vers le Sud-Ouest de la France, de l'abbaye de Loc Dieu, près de Villefranche-de-Rouergue au Musée Ingres de Montauban,  pendant l'occupation allemande. A chaque menace, il faut encore et déménager les milliers de caisses et leur trouver un nouveau refuge. En ces temps, les châtelains se transformaient en gardiens de musée. Grâce au dévouement de ces hommes et de ces femmes, à la Libération ces œuvres regagnèrent le Louvre, malgré les nombreux déplacements, les problèmes de place, d'humidité,  aucune œuvre  n'a subi de dommages majeurs.

l Le 30 juin 1940 un ordre de Hitler établit la "mise en sécurité" des objets d'art appartenant à l'État français ou à des particuliers, notamment à des Juifs. Le ministre des Affaires étrangères von Ribbentrop confie la responsabilité du projet à Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Otto Abetz ordonne au commandant militaire de Paris la saisie des collections françaises des musées de Paris et de province, ainsi que le recensement et la saisie des œuvres d'art possédées par les Juifs dans les territoires occupés. Les objets précieux doivent être transférés à Paris, à l'ambassade d'Allemagne. Il adresse à la Gestapo la liste des 15 principaux marchands parisiens d'objets d'art, chez qui il demande une saisie des œuvres. Tout transfert d' œuvres d'art  est formellement interdit. Fin juillet 1940 c’est l’installation de l'Einsatzstab Reichsleiters Rosenberg (E.R.R.) à Paris  qui est représenté en France par le baron Kurt von Behr.

l En octobre 1940 l’E.R.R. saisit la bibliothèque Tourgueniev, créée à Paris par des immigrés russes. La collection, comprenant plus de 100 000 volumes, est envoyée à Berlin puis à Prague, où les nazis voulaient fonder un "centre d’études slaves". La collection sera ensuite saisie par l’Armée rouge et envoyée en URSS.

l Le 8 octobre 1940 une note du chef de l'administration militaire allemande donne l'ordre d'enlever de l'ambassadeRose Valland 1 d'Allemagne à Paris les objets d'art saisis par Abetz et de les transporter au Musée du Louvre. Au cours du mois, plusieurs centaines d'œuvres et d'objets d'art seront ainsi déplacés. Le 30 octobre plus de 400 caisses d'œuvres saisies, accumulées au Louvre ou se trouvant encore à l'ambassade d'Allemagne, sont transférées au Jeu de Paume, qui devient le principal lieu de rassemblement des oeuvres saisies par l'E.R.R. Rose Valland, responsable technique du bâtiment, est la seule Française spécialiste d'art autorisée à fréquenter les locaux. Elle se chargera, jusqu'à la Libération de Paris, de recueillir tous les renseignements utiles et de les communiquer à la direction des Musées nationaux. Les oeuvres "d'art dégénéré" sont reléguées dans des salles au fond du Jeu de Paume et seront utilisées pour des échanges avec des œuvres anciennes. Un rapport de Rose Valland  de 1942 donne la liste des œuvres  d'art moderne présentes à cette date au Jeu de Paume, en précisant la collection d'origine.

 Le 31 octobre lors d'une conférence, Jacques Jaujard, directeur des Musées nationaux, réussit à obtenir de l'E.R.R. un accord pour l'établissement d'un inventaire contradictoire des œuvres rassemblées au Jeu de Paume, dressé par des représentants des autorités allemandes et françaises. À peine commencé par Rose Valland, il est interrompu le 1er novembre sur ordre des Allemands. Cette interruption sera à l'origine des difficultés d'identification des oeuvres saisies, après la guerre. le 18 novembre le Führer se réserve toute décision sur les objets d'art confisqués par les Allemands en territoire occupé. Les œuvres choisies sont destinées à la Mission spéciale de Linz et Hitler autorise la sortie de France d'œuvres saisies par l'E.R.R..

Les 3 et 5 novembre 1940 ce sont les premières visites de Hermann Goering au Jeu de Paume. Une sélection d'œuvres  saisies est exposée., Goering en choisit 27 pour sa collection. Il reviendra au Jeu de Paume plusieurs fois. Suite à un ordre de Goering du 5 février 1941, des œuvres  d'art appartenant aux collections juives saisies et destinées à Hitler et à Goering lui-même partent pour l'Allemagne. Après celle-ci, les expéditions vers l'Allemagne se succèdent jusqu'à la fin de l'occupation. Entre avril 1941 et juillet 1944, on peut compter 4 174 caisses, contenant plus de 20 000 lots.

Les saisies de collections juives confiées au Musées nationaux se poursuivent : collections Kapferer, Erlanger, Raymond Hesse, Simon Lévy, Léonce Bernheim enlevées du château de Brissac.

l Entre mai et décembre 1942 ce fut l’évacuation des collections des musées de la région du Nord, de la Normandie et de la Bretagne aux châteaux de Rougère, Baillou, Grand-Lucé. Au mois de mars 1943 ce fut l’évacuation des collections des musées du littoral méditerranéen et de la vallée du Rhône. En 1944 les collections des musées situés le long de la côte atlantique depuis La Rochelle jusqu'à la frontière franco-espagnole sont évacuées vers l'intérieur du pays. D'importantes œuvres de la collection hollandaise Mannheimer, arrivées en région parisienne, quittent Paris pour l'Allemagne, après une vente forcée en faveur du musée de Linz.

l Dans Le Front de l'art, publié en 1961, Rose Valland indique le 27 mai 1943 la destruction d'environ 5 ou 600 œuvres d'art moderne (parmi lesquelles des œuvres de Masson, Miró, Picabia, Valadon, Klee, Ernst, Léger, Picasso, Kisling, La Fresnaye, Marval, Mané-Katz), brûlées par l'E.R.R. dans le jardin intérieur du Jeu de Paume. Elle est le seul témoin de l'affaire. Le 19 juillet  1943 à la suite d'une réunion à Berlin début juillet, une commission de représentants de l'E.R.R. se réunit au Louvre pour décider de l'avenir des oeuvres d'art moderne saisies. Les oeuvres ayant un intérêt économique (tableaux de Courbet, des Impressionnistes, de Bonnard, de Vuillard, de Matisse, de Braque, de Dufy, de Marie Laurencin, etc.) sont préservées et apportées au Jeu de Paume. Les autres oeuvres modernes, rassemblées avec les portraits confisqués aux grandes familles juives, sont tailladées ou découpées et ensuite transportées dans le jardin du Jeu de Paume pour être brûlées.

l En 1944 le centre parisien de l'E.R.R. est fermé par les Allemands. Le dernier rapport de l'E.R.R., rédigé à Berlin, fait état pour la France de 203 collections saisies et 21 903 objets d'art confisqués. Le 1er  août 1944 148 caisses, comportant notamment des œuvres d'art moderne, quittent le Jeu de Paume. Elles seront chargées dans un train, en partance pour Nikolsburg. Les œuvres d'art laissées au Jeu de Paume après le convoi du 1er  août sont évacuées par les Allemands et transportées dans les salles du Louvre réservées à l'E.R.R.

27 juin 1944 sur ordre d’Himmler, la Tapisserie de Bayeux est retirée du château de Sourches et transportée au Louvre. Le 15 août à la suite d’ordres provenant de Berlin, le commandant de la place de Paris, Dietrich von Choltitz, se rend au Louvre pour s’assurer de la présence de la Tapisserie de Bayeux au musée. Quelques jours après, au cours de l’insurrection parisienne, des émissaires SS venus de Berlin renonceront à l’enlever. Le 22 août l'ordre d'Hitler au général von Choltitz de détruire Paris n'est pas exécuté. Le 25 août la division Leclerc entre à Paris et e général von Choltitz signe la reddition à la gare Montparnasse.

Renseigné par Rose Valland et de la Compagnie des Chemins de Fer, un détachement de l'armée de Leclerc s'empare à Aulnay du train (dit ensuite le "train d'Aulnay") contenant le dernier convoi d'œuvres d'art pour l'Allemagne.

l En septembre 1944 c’est la création de la Commission de récupération artistique (C.R.A.) qui assure les formalités de restitution. Les réclamations présentées à la commission porteront sur environ 100 000 objets d'art. Elle sera dotée d'un mandat officiel le 24 novembre. Sous l'autorité d'Albert Henraux, vice-président du Conseil des Musées nationaux, la commission comprend, entre autres, Jacques Jaujard, Rose Valland et René Huyghe. Son siège est symboliquement installé au Jeu de Paume. En liaison avec la C.R.A., l'Office des biens et intérêts privés (O.B.I.P.), lié administrativement à la direction des Affaires économiques du ministère des Affaires étrangères, assure la suite des formalités de restitution.

l En décembre 1944  Rose Valland emmène le M.F.A.A. officer Rorimer dans les locaux de l’E.R.R. à Paris, où sont récupérés de nombreux documents sur l’activité de l’organisation. Le S.H.A.E.F. (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) reçoit, grâce à Rose Valland, les noms de tous les dépôts de l'E.R.R. hors de France où ont été transportées les oeuvres provenant de ce pays. De nombreux chefs-d'œuvre ont été recueillis dans les châteaux de Bavière à Munich, en Tchécoslovaquie et en Autriche. Ainsi tous ces dépôts sont épargnés par les bombardements aériens.

Rose Valland capitaine 2l Le  4 mai 1945 Rose Valland nommée capitaine reçoit de la 1ère Armée française un ordre de mission de durée illimitée en Allemagne. Le 15 septembre 1945 Le quartier général américain lance officiellement le plan de restitution "en bloc" d'œuvres d'art de provenance reconnue, demandant le retour immédiat à Paris de 50 chefs-d'œuvre d'origine française. Le 2 décembre les caisses d'œuvres d'art saisies par l'E.R.R. en France et retrouvées à Neuschwanstein rentrent directement à Paris dans leur emballage d'origine, sans passer par un "collecting point" grâce aux renseignements collectés par Rose Valland.

Plus de 45 000 œuvres et objets d'art restitués à la Commission de récupération artistique, après les saisies nazies, sont rendus à leurs propriétaires légitimes ou à leurs ayants droit. Le 30 septembre 1949 un décret met fin à l'activité de la Commission de récupération artistique à partir du 31 décembre 1949 et confie à l'Office de biens et intérêts privés la gestion des dossiers en cours ou futurs. Le décret prévoit la constitution d'une commission censée procéder à un choix parmi les oeuvres non restituées à leur propriétaire. Les œuvres choisies seront attribuées à la Direction des musées de France. Elles seront exposées dès leur entrée dans les musées nationaux ou de province, désignés pour leur dépôt, et inscrites dans un inventaire provisoire mis à la disposition des collectionneurs spoliés. Un délai légal de revendication est prévu. Entre 1950 et 1954 furent exposées au Musée national du château de Compiègne la plupart des 2000 œuvres  (dont 1000 peintures) et objets d'art récupérés et préservés de la vente par la commission de choix, afin de permettre à d'éventuels ayants droit de reconnaître leurs biens. Après cette exposition, ils seront conservés par les musées nationaux ou seront mis en dépôt dans des musées de province. Dans les inventaires provisoires, distincts des inventaires des collections nationales, ils sont indiqués par plusieurs cotes d'identification, mais leur ensemble est communément dénommé "MNR" (Musées Nationaux Récupération).

 

III - QUI ÉTAIT ROSE VALLAND - 1898 –1980- ?

 

SES ORIGINES :  Rose Valland (Rosa Antonia ses vrais prénoms) est née le 1er  novembre 1898 à St Étienne de St Geoirs  lsère, commune de 2.000 habitants dans la plaine de la Bièvre du Dauphiné (où est aujourd'hui implanté l’aéroport de Grenoble). Elle était la fille unique de Rosa Maria Viardin et de François Paul Valland, forgeron au pays.

Après l’école primaire au village, elle poursuit ses études à l’école supérieure de La Côte St André (pays natal du musicien Hector Berlioz). En 1914 elle est reçue 1ère  au concours des Bourses de l’lsère et rejoint l'école normale d’Institutrices de Grenoble où en 1918, elle obtient, en présentant un mémoire ” La pédagogie de l’enseignement du dessin", le Brevet supérieur qui peut lui permettre d’enseigner. Encouragée par ses maîtres, elle s’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Lyon où de 1919 à 1922 elle obtient de nombreux prix en : décoration, modelage, anatomie et le Prix de la Société d’Encouragement à l’Art et à l’industrie.

SON PARCOURS ARTISTIQUE À PARIS :  Elle arrive en 1922 à l’École Nationale Supérieure de Beaux-Ans, elle est reçue 6ème sur plus de 300 candidats, au Concours de l’école pour le Professorat à l’enseignement du dessin. En 1922 nous la trouvons à l’École du Louvre où elle reste jusqu’en 1927, elle présente sa thèse en 1931 “Etude de l’évolution du mouvement dans l’Art jusqu'à Giotto, comparaisons iconographiques”. C’est en 1926 qu’elle entre à l’École des Hautes Etudes d’Archéologie Chrétienne et Byzantine, les cours étant combinés avec des cours au Collège de France. Elle présente une “Thèse sur les fresques de la crypte d’Apullée, Vénétie, du Xllème siècle”, qu’elle éditera seulement en 1961. La même année elle est à l’institut d’Art et d’Archéologie de l’Université de Paris où les 3 certificats d’Études Supérieures : d’Histoire de l'Art moderne, d’Archéologie médiévale, d’Archéologie Grecque qu’elle y obtient, constituent le Diplôme d’Art qui, lui-même regroupé avec la thèse du Louvre, représente une Licence spéciale d’Histoire de l’Art et d’Archéologie.

SA VIE DANS LES MUSÉES :  En 1932 elle devient “Attaché bénévole" au Musée des Peintures et Sculptures Étrangères du Jeu de Paume des Tuileries. Elle rédige d'abord le catalogue des collections du musée représentant 32 Écoles. Puis elle travaille à la réalisation d’une quinzaine d’expositions internationales et à leur catalogue.

Elle obtint en 1935, le 1er  Prix du Concours de Chronique Artistique organisé à l’occasion de l’exposition d’Art Italien. Elle écrit également de nombreux articles dans des revues d’Art et des journaux. En 1939 elle sera décorée par le Gouvernement de Lettonie de l’Ordre national des “3 Étoiles”. A la déclaration de guerre elle devient Conservateur du Jeu de Paume.

LA GUERRE : Ses activités d’espionnage et de renseignements sur les exactions et spoliations des nazis de I’E.R.R.  durant les 4 années de l’occupation, alors qu’elle était, à Paris, conservateur au Musée du Jeu de Paume des Tuileries, représente une épopée extraordinaire pour la défense du patrimoine artistique de la France.

Mais, en plus, le Capitaine Beaux-Arts Rose Valland a mené un 2ème combat de 1945 à 1952 en Allemagne occupée, - fait souvent  ignoré même des spécialistes et qui représente une action majeure - comme officier attaché à Rose Valland decoreeela récupération et la restitution des œuvres d’Art spoliées en Allemagne et Conseiller à la réinstallation des Musées de l’Allemagne Fédérale, infatigable artisan de la restitution des oeuvres spoliées. Seule reconnaissance, elle est une des femmes les plus décorées de France.

 

CONCLUSION :

Sa ténacité à résister à l’occupant seule au milieu des SS, et son altruisme peuvent être cités en exemple au grand public. Rose Valland était une héroïne qui a accompli une oeuvre extraordinaire pendant et après la guerre de 1939/45. Décédée en 1980, enterrée à St-Étienne de St-Geoirs, Isère, son pays  natal ; elle a fini sa vie dans un complet anonymat elle qui était: Conservateur des Musées Nationaux, Capitaine de l’Armée Française, Lieutenant-Colonel de l’Armée des USA, une des femmes les plus décorées de France : Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur des Arts et des Lettres, Médaillée de la Résistance, décorée de la Medal of Freedom des USA et Officier de l’Ordre du Mérite de la RFA. Pourtant de nos jours son oeuvre altruiste en faveur de l’art et la culture est trop souvent  occultée par ceux qui commentent l’Histoire et par les acteurs de la mémoire.

 

Bibliographie :

Ouvrages d'historiens et de journalistes

- Cassou (Jean), "Le Pillage par les Allemands des oeuvres d'art et des bibliothèques appartenant à des Juifs en France", Éditions du Centre, Paris, 1947

- Nicholas (Lynn), Le pillage de l'Europe, Paris, Seuil, 1995, 560 p.*

- Kaspi (André), "Les Juifs pendant l'Occupation", Éditions du Seuil, Paris, 1991

- Feliciano (Hector), Le musée disparu, Paris, Austral, 1995, 253 p.

- Bertrand Dorléac (Laurence), "L'Art de la défaite 1940-1944", Éditions du Seuil, Paris, 1993

- Le pillage de l'art en France pendant l'Occupation et la situation des 2 000 oeuvres confiées aux Musées nationaux, Isabelle le Masne de Chermont, Didier Schulmann, Mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France, Paris, La Documentation française, 2000, 136 p.

 Ouvrages ou articles écrits par des contemporains des faits

- Bazin (Germain), Souvenirs de l'exode du Louvre, Paris, Somogy, 1992, 138 p.

- Bizardel (Yvon), Sous l'Occupation, souvenirs d'un conservateur de musée, Paris, Calmann-Lévy, 1964.

- Florisoone (Michel), "La Commission de récupération artistique", dans Mouseion, vol. 55-56 (1946).

- Valland (Rose) , "Le Front de l'art", Librairie Plon, Paris, 1961

- "Rapports de Rose Valland 1941-1944" conservés aux Archives des Musées nationaux

http://www.lyonpeople.com/index.php?option=com_content&task=view&id=2245&Itemid=99999999

- John Pistone, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, possédait sur ses tablettes un livre d’art ayant appartenu à Adolf Hitler. L’ouvrage contient des dizaines de reproductions d’oeuvres d’art. Il devait guider le choix des oeuvres meublant le musée d’Hitler à Linz (Autriche). L’objet a été retourné à l’Allemagne en janvier 2010 après un passage au musée de la Seconde Guerre mondiale en Louisiane.

http://www.marcgauthier.com/blog/

http://artdaily.org/index.asp?int_sec=2&int_new=34830

 

 

 

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