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Blog géopolitique de D. Giacobi

Une statue d’Hitler exposée dans le ghetto de Varsovie fait scandale 80 ans après l’arrivée du dictateur au pouvoir le 30 janvier 1933

Les quelques vestiges du ghetto de Varsovie et le Mémorial de son insurrection portent la lourde mémoire de la Shoah en Pologne :

ghetto planghetto Varsovie auj

 

 

 

 

 

 

 

 

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  Sur les traces du ghetto de Varsovie

http://videos.arte.tv/fr/videos/sur_les_traces_du_ghetto_de_varsovie--6608596.html

http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/VDD08003187/le-mur-du-ghetto-de-varsovie.fr.html

 

enfantjuifdughettodevarsovie 1943ghetto Varsovie auj b

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Son histoire est encore en chantier comme les montrent des découvertes récentes :

http://www.harissa.com/news/article/le-tr%C3%A9sor-enfoui-du-ghetto-de-varsovie

http://www.telerama.fr/livres/qui-ecrira-notre-histoire-les-archives-secretes-du-ghetto-de-varsovie,73292.php

 

Him de Maurizio Cattelan (2001) exposee musee «Haus Der Ku

hitler-ghetto-de-varsovie h STA HITLER 5 Him de Maurizio Ca

 

 

 

 

     Une statue de cire représentant Adolf Hitler 

 

C’est ce lieu chargé d’histoire où circulent encore les miasmes d’une période que la société européenne n’en finit pas d’exorciser, que l'artiste italien Maurizio Cattelan a choisi pour exposer une œuvre Intitulée Him ("Lui") datant de 2001[1] qui est présentée dans le cadre d'une rétrospective de l'artiste italien intitulée «Amen», qui explore la vie, la mort, le bien et le mal. D'autres pièces sont exposées au Centre d'art contemporain de Varsovie.

Him est une statue de cire représentant Adolf Hitler, avec la carrure d'un enfant vêtu d'un costume gris, agenouillé et priant. La statue est seulement visible de dos et on ne peut l'observer qu'à travers le trou fait dans la porte d'entrée d'un immeuble d'habitation, vestige du ghetto. M.Cattelan n'a pas précisé l'objet de la prière d'Hitler, mais The Guardianrapporte les propos de Fabio Cavallucci, directeur du centre d'art contemporain à l'origine de la manifestation: « Il n'y a aucune intention de la part de l'artiste ou du centre d'insulter la mémoire des Juifs. C'est une œuvre qui essaye d'évoquer le mal qui s'insinue partout.» Pour les organisateurs de l'exposition, l'œuvre a pour but de faire réfléchir le public sur la nature du mal.

  hitler-ghetto-de-varsovie a © AFPhitler-ghetto-de-varsovie e © AFP

 

hitler-ghetto-de-varsovie f © AFPhitler-ghetto-de-varsovie d © AFP

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un environnement chargé d’histoire

 

C’est un an après l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939, que l'occupant nazi  créa le ghetto juif de Varsovie sur à peine 3 km², près de 500 000 Juifs y furent cloîtrés et ils ont été anéantis en grand nombre par la faim et les maladies, ou déportés dans des camps de la mort. Le quartier a été presque entièrement rasé par les nazis en  fin 1943 après l'insurrection du ghetto en avril-mai.

La statue « Him » est installée dans une cour d’un bâtiment préservé du ghetto de Varsovie depuis le 16 novembre 2012 [2] à quelques centaines de mètres du Mémorial de l’insurrection du Ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 où le 7 décembre 1970 le chancelier social-démocrate de RFA, ancien maire de Berlin Ouest, Willy Brandt,  s’était recueilli dans un geste analogue de génuflexion  - geste salué par toute la presse internationale -. Ce fut un des moments importants de l'Ostpolitik qu'il conduisit de 1969 à 1974 et pour laquelle il obtint en 1971 le Prix Nobel de la paix. Ce geste de repentance de l'Allemagne à l'égard des Polonais et en particulier des Juifs avait été par contre mal perçu dans une bonne part de l’opinion publique allemande.

"Provocation" ou objet "éducatif", les avis divergent.

  willybrandt 7 dec 1970 Ghetto Varsovie b

    willybrandt 7 dec 1970 Ghetto Varsovie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des réactions parfois indignées

 

Si l’oeuvre « Him » a attiré de nombreux visiteurs dans le ghetto, elle a aussi été l'objet de vives critiques de la part de certaines organisations juives et la mise en place de cette œuvre a provoqué l'indignation du grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich qui a déclaré à l’AFP le 4 janvier 2013 :  "Quand il s'agit de montrer le personnage de Hitler, nous avons la responsabilité extraordinaire d'être sensibles à ceux qui ont souffert, à cause de ce que Hitler a provoqué, aux survivants de l'Holocauste et aux survivants non juifs." Il ajoutait : "La placer précisément ici, dans la rue Prozna, qui faisait partie de l'ancien ghetto, témoigne d'un manque de sensibilité, et c'est pourquoi cela me pose un problème". Cependant il nuançait ses propos en précisant qu’avant le début de l'exposition les responsables du musée lui avaient assuré que cette œuvre ne constituait pas une réhabilitation de Hitler, mais montrait que le mal pouvait exister partout en le représentant sous les traits d'un enfant à l'air naïf et innocent. Il en avait retenu « le caractère éducatif ». Cependant ajoutait-il : "J'avais cru comprendre que (l'oeuvre) serait dans le musée, mais peut être que cela n'a pas été dit. Mais il est certain qu'ils n'ont pas dit qu'ils le mettraient dans l'ancien ghetto".

Le Centre Simon-Wiesenthal de Jérusalem dans un communiqué du 27 décembre 2012 a qualifié l'installation de la statue dans l'ancien ghetto de Varsovie d'"utilisation déplacée de l'art, qui insulte les victimes des nazis" et d'"une provocation dénuée de sens qui insulte la mémoire des victimes juives des Nazis". Efraim Zuroff, le directeur du Centre, déclare dans ce communiqué : "Concernant les Juifs, la seule prière de Hitler était qu'ils soient effacés de la surface de la Terre, et son plan pour la Pologne était de détruire le pays et d'assassiner ses élites".

memorial ghetto Varsovie

memorial ghetto Varsovie detail a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Répondant à Atlantico le 3 janvier 2013 Michel Onfray [3] y voit « à la fois une « provocation insensée » pour ceux qui ne sont pas initiés au langage de l’art contemporain, autrement dit une immense majorité des gens, et une formidable œuvre ayant « valeur éducative ». Faut-il prendre le risque, par cette exposition publique, de manquer la transmission du message pédagogique et de ne parvenir qu’à une provocation blessante pour beaucoup ? Car quel est le message pédagogique de cette œuvre - que, pour ma part, j’aie vue à Venise et qui m’a littéralement subjugué - : qu’Adolf Hitler fut enfant, qu’il a fait sa communion … Hitler est devenu une image presque abstraite, pour les générations les plus jeunes, d'un mal absolu. Il est majoritairement représenté comme un monstre fou, hurlant et sanguinaire. Est-il risqué de le présenter aussi comme un homme, avec ses propres faiblesses toutes humaines, comme ici recueilli dans la prière? Cela peut-il réduire la responsabilité perçue de ses crimes par l'humanité ?Ce qui est risqué est d’entretenir la doxa diabolisante : il nous faut faire de l’histoire, surtout de l’histoire, de la sociologie, de la psychologie, de la philosophie pour faire l’anatomie du mal, l’analyser, le comprendre et le prévenir.

L’artiste procède par « percepts » pour utiliser un vocabulaire réactivé par Deleuze, par images, par provocations figurées : avec ceux qui peuvent comprendre l’ironie cinglante, pourquoi pas. Mais avec les autres, les risques sont considérables de produire l’effet inverse : on augmente la part des passions, on fait donc reculer la part de raison et le mal reste tout puissant.

Les rabbins sont, de par leur formation et leur fonction, des gens d’intelligence, de lecture, de culture, de savoir, de langage. Ils maîtrisent toutes les subtilités de la pensée symbolique, allégorique et métaphorique. Ils disposent d’une très vieille tradition herméneutique qui leur permet de décoder les œuvres les plus conceptuelles, les plus abstraites. Mais ils occupent le sommet d’une pyramide intellectuelle alors que la base manque du décodeur qui leur permettrait de comprendre ce langage très élaboré qu’est l’art contemporain. Dès lors, il y a un double risque : le premier, ne pas comprendre ; le second : comprendre le contraire ou autre chose.

 

Je crois que l’œuvre de Cattelan est un chef d’œuvre dans l’enceinte muséale et une bombe à fragmentation une fois sortie de cette enceinte, placée dans la rue, le lieu de toutes les passions, le lieu le moins favorable à la raison...» 

 

Sitographie :

http://www.lepoint.fr/monde/varsovie-une-statue-de-hitler-exposee-dans-l-ancien-ghetto-scandalise-06-01-2013-1608991_24.php

http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2012/12/31/03015-20121231ARTFIG00314-une-statue-d-hitler-controversee-a-varsovie.php

http://www.guardian.co.uk/world/2012/dec/28/adolf-hitler-statue-warsaw-ghetto

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/01/01/fureur-une-statue-dhitler-en-plein-coeur-du-ghetto-de-varsovie/

http://www.atlantico.fr/decryptage/origines-mal-statue-hitler-t-elle-place-dans-ghetto-varsovie-michel-onfray-594600.html

http://www.crif.org/fr/revuedepresse/adolph-hitler-priant-%C3%A0-genoux-dans-le-ghetto-de-varsovie-en-pologne/34244



[1] L’œuvre a déjà suscité la polémique à Rotterdam (musée Boijmans van Beuningen) en 2002 puis a été exposée  au musée «Haus Der Kunst» de Munich en 2003. © Reuters Photographer / Reuters/REUTERS. Him a été créée en 2001 et est exposée pour une rétrospective de l'artiste italien, intitulée "Amen". Le Figaro  signalait qu'une autre pièce de l'artiste avait défrayé la chronique, en 1999, "Cattelan, aujourd'hui installé à New York, avait attiré l'attention avec La Nona Ora ("La Neuvième Heure"), pièce grandeur nature qui représentait le pape Jean-Paul II écrasé par une météorite", provoquant l'ire de la communauté catholique polonaise.

[2] Crédits photo : Czarek Sokolowski/ASSOCIATED PRESS

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